Adieu "La terre est bleue comme une orange" ! 130 titres pour enfin se (re)mettre à lire

Pour faire de la littérature un plaisir, une aventure et un objet de réflexion, c’est une évidence, il est nécessaire de lire. Renoncer à l’illusion de connaître la littérature, pour s’offrir la possibilité d’en connaître. Les souvenirs scolaires, qui transportent parfois, comme la « madeleine de Proust », vers un savoureux passé, plongent souvent l’esprit dans une profonde léthargie. Changé en « dormeur du val », l’étudiant qui ne lit plus rêve d’une terre « bleue comme une orange », oubliant si cette expression est d’Aragon, d’Éluard ou de Ponge (ou du marketing d’une société de télécommunications). Rien de grave : il suffit de googliser la formule, ou de chercher la touche « La Fonction du poète » :

        Peuples ! écoutez le poète !
        Écoutez le rêveur sacré !

Au panthéon des poncifs (déjà 4 dans ce paragraphe), l’orange bleue rejoindra « Madame Bovary, c’est moi » (et de 5) et « Aujourd’hui, maman est morte » (et de 6). Internet veille, et donne le droit de ne pas lire, avec la conscience tranquille. Assommé par la chute d’un fromage lâché par un corbeau, le bel au bois dormant se réveillera de son sommeil dogmatique… s’il se réveille ! « Demain, dès l’aube », son professeur pourra dans le cas contraire mettre sur sa tombe un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur (j’en suis à combien ?).

Avant de tomber en léthargie, mieux vaut ouvrir les livres, et les lire vraiment : tout chef-d’œuvre est un univers, qui n’attend que d’être lu. « Liberté, j’écris ton nom » : très bien, mais Éluard n’a-t-il écrit qu’un mot dans toute sa vie ? Non, il a écrit « La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur », mais ça aussi c’est usé jusqu’à la trame. Certes,

        Il fallait bien qu’un visage
        Réponde à tous les noms du monde.

Cependant, le monde des livres rivalise de variété avec la nature. On y part à l’aventure (Homère, Conrad, Bouvier !). Tout livre, en outre, s’ouvre, se ferme, se rouvre, se referme : c’est ainsi qu’il vit. Le pire est de laisser les livres fermés comme des tombes.
La liste qui suit résulte de choix déchirants. À chaque titre, il est possible d’en substituer un autre : Yvain à Perceval, L’Éducation sentimentale à Salammbô, Un balcon en forêt au Rivage des Syrtes, La Légende des siècles aux Rayons et les ombres… Il n’est pas interdit non plus de se précipiter chez son (petit) libraire, pour acheter du Le Clézio, du Modiano, du Volodine, du Echenoz, du Cadiot, du Michon…

30 grands récits (qui ne sont pas tous des romans) pour commencer

Homère, L’Odyssée (VIIIe siècle avant J.-C.). « Lorsque parut la fille du matin, l’aube aux doigts roses / on tira tout d’abord les navires dans l’eau divine, / on déposa les mâts et les voiles dans les navires ; / les hommes embarqués, ils prirent place à leur tolet / en bon ordre, et frappèrent de leurs rames la mer grise. » (trad. Philippe Jaccottet)
Genèse (VIIIe-IIe siècles avant J.-C.). « Vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, jusqu’à ce que vous retourniez en la terre d’où vous avez été tiré : car vous êtes poudre, et vous retournerez en poudre. » (trad. Lemaistre de Sacy)
Longus, Daphnis et Chloé (IIe ou IIIe siècle). « Mais quoi qu’il y eût, Daphnis ne se pouvait éjouir à bon escient depuis qu’il eut vu Chloé nue, et sa beauté à découvert, qu’il n’avait point encore vue. Il s’en sentoit le cœur malade ni plus ni moins que d’un venin qui l’eût en secret consumé. » (trad. Paul-Louis Courier)
Tristan et Iseult (XIIe siècle). « Pendant la nuit, de la tombe de Tristan jaillit une ronce verte et feuillue, aux forts rameaux, aux fleurs odorantes, qui, s’élevant par-dessus la chapelle, s’enfonça dans la tombe d’Iseut. Les gens du pays coupèrent la ronce : au lendemain elle renaît, aussi verte, aussi fleurie, aussi vivace, et plonge encore au lit d’Iseut la Blonde. Par trois fois ils voulurent la détruire ; vainement. Enfin, ils rapportèrent la merveille au roi Marc : le roi défendit de couper la ronce désormais. » (adapt. Joseph Bédier, 1900)
Chrétien de Troyes, Perceval (XIIe siècle). « C’était au temps où les arbres fleurissent, où les bois se couvrent de feuilles et les prés de verdure, où au matin, dans leur ramage, les oiseaux chantent avec douceur, où toute chose enfin est comme enflammée de joie. Alors se leva le fils de la veuve, dame de la Gaste Forêt solitaire. » (trad. Jacques Ribard)
Dante, La Divine comédie (XIVe siècle). « Je suis au troisième cercle, à celui de la pluie / éternelle, maudite, froide et lourde ; / règle et nature n’en sont jamais nouvelles. / Grosse grêle, eau sombre et neige / s’y déversent par l’air ténébreux ; / la terre qui les recueille a une odeur infecte. / Cerbère, bête étrange et cruelle, / hurle avec trois gueules comme un chien / sur les morts qui sont là noyés. / Ses yeux sont rouges, sa barbe grasse et noire, / son ventre large, ses mains onglées ; / il griffe les esprits, les écorche et dépèce. » (trad. Jacqueline Risset)
François Rabelais, Gargantua (1534). « Quelques jours après qu'ils se furent rafraîchis il visita la ville : et fut vu de tout le monde en grande admiration. Car le peuple de Paris est tant sot, tant badaud, et tant inepte de nature qu'un bateleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymbales, un vielleux au milieu d'un carrefour assemblera plus de gens, que ne ferait un bon prêcheur évangélique. » (texte modernisé)
Miguel de Cervantes, Don Quichotte (1605, 1615). « Ayant donc achevé ces préparatifs, il ne voulut pas attendre davantage pour mettre à exécution son projet. Ce qui le pressait de la sorte, c’était la privation qu’il croyait faire au monde par son retard, tant il espérait venger d’offenses, redresser de torts, réparer d’injustices, corriger d’abus, acquitter de dettes. Ainsi, sans mettre âme qui vive dans la confidence de son intention, et sans que personne le vît, un beau matin, avant le jour, qui était un des plus brûlants du mois de juillet, il s’arma de toutes pièces, monta sur Rossinante, coiffa son espèce de salade, embrassa son écu, saisit sa lance, et, par la fausse porte d’une basse-cour, sortit dans la campagne, ne se sentant pas d’aise de voir avec quelle facilité il avait donné carrière à son noble désir. » (trad. Louis Viardot)
Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves (1678). « Hé bien ! monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux, je vais vous faire un aveu que l’on n’a jamais fait à son mari. »
Abbé Prévost, Manon Lescaut (1731). « Je puis vous dire néanmoins ce que ces misérables n’ignorent point, continua-t-il en montrant les archers ; c’est que je l’aime avec une passion si violente qu’elle me rend le plus infortuné de tous les hommes. J’ai tout employé, à Paris, pour obtenir sa liberté. Les sollicitations, l’adresse et la force m’ont été inutiles ; j’ai pris le parti de la suivre, dût-elle aller au bout du monde. Je m’embarquerai avec elle. Je passerai en Amérique. »
Voltaire, L’Ingénu (1767). « Monsieur le bailli, qui s’emparait toujours des étrangers dans quelque maison qu’il se trouvât, et qui était le plus grand questionneur de la province, lui dit en ouvrant la bouche d’un demi-pied : « Monsieur, comment vous nommez-vous ? — On m’a toujours appelé l’Ingénu, reprit le Huron, et on m’a confirmé ce nom en Angleterre, parce que je dis toujours naïvement ce que je pense, comme je fais tout ce que je veux. »
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782). « Qui pourrait ne pas frémir en songeant aux malheurs que peut causer une seule liaison dangereuse ! et quelles peines ne s’éviterait-on point en y réfléchissant davantage ! Quelle femme ne fuirait pas au premier propos d’un séducteur ? Quelle mère pourrait, sans trembler, voir une autre personne qu’elle parler à sa fille ? »
Denis Diderot, Jacques le fataliste (1796). « Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par hasard, comme tout le monde. Comment s’appelaient-ils ? Que vous importe ? D’où venaient-ils ? Du lieu le plus prochain. Où allaient-ils ? Est-ce que l’on sait où l’on va ? »
Honoré de Balzac, Le Chef-d’œuvre inconnu (1831). « – Eh ! bien, le voilà ! leur dit le vieillard dont les cheveux étaient en désordre, dont le visage était enflammé par une exaltation surnaturelle, dont les yeux pétillaient, et qui haletait comme un jeune homme ivre d’amour. – Ah ! ah ! s’écria-t-il, vous ne vous attendiez pas à tant de perfection ! […] – Apercevez-vous quelque chose ? demanda Poussin à Porbus. – Non. Et vous ? – Rien. » Lire aussi La Femme de trente ans ou La Cousine Bette
Stendhal, La Chartreuse de Parme (1841). « Est-il possible que ce soit là la prison, se dit Fabrice en regardant cet immense horizon de Trévise au mont Viso, la chaîne si étendue des Alpes, les pics couverts de neige, les étoiles, etc., et une première nuit en prison encore ! Je conçois que Clélia Conti se plaise dans cette solitude aérienne… »
Gustave Flaubert, Salammbô (1862). « Mâtho suffoquait dans la chaude atmosphère que rabattaient sur lui les cloisons de cèdre. Tous ces symboles de la fécondation, ces parfums, ces rayonnements, ces haleines l’accablaient. A travers les éblouissements mystiques, il songeait à Salammbô. Elle se confondait avec la Déesse elle-même, et son amour s’en dégageait plus fort, comme les grands lotus qui s’épanouissaient sur la profondeur des eaux. »
Fiodor Dostoïevski, Crime et châtiment (1866). « Personne dans l’escalier ; personne sous la porte cochère ; il en franchit rapidement le seuil et tourna à gauche. Il savait fort bien, il savait parfaitement que les hommes étaient en ce moment dans le logis de la vieille, qu’ils étaient fort surpris de trouver ouverte la porte tout à l’heure close, qu’ils examinaient les cadavres et qu’il ne leur faudrait pas plus d’une minute pour deviner que le meurtrier était à l’instant encore dans l’appartement et qu’il venait à peine de fuir. » (trad. Doussia Ergaz)
Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer (1866). « Une forme grisâtre oscille dans l’eau ; c’est gros comme le bras et long d’une demi-aune environ ; c’est un chiffon ; cette forme ressemble à un parapluie fermé qui n’aurait pas de manche. Cette loque avance vers vous peu à peu. Soudain, elle s’ouvre, huit rayons s’écartent brusquement autour d’une face qui a deux yeux ; ces rayons vivent ; il y a du flamboiement dans leur ondoiement ; c’est une sorte de roue ; déployée, elle a quatre ou cinq pieds de diamètre. épanouissement effroyable. Cela se jette sur vous. »
Léon Tolstoï, La Mort d’Ivan Ilitch (1886). « C’était à la fin du troisième jour, une heure avant sa mort. À ce moment précis, le petit lycéen s’était faufilé tout doucement chez son père et approché de son lit. Le mourant criait encore désespérément en agitant les bras. Une de ses mains rencontra la tête du petit lycéen. Celui-ci la prit, la pressa contre ses lèvres et pleura. Ce fut à ce moment précis qu’Ivan Ilitch tomba, vit la lumière et découvrit que sa vie n’avait pas été ce qu’il fallait mais qu’elle pouvait encore être corrigée. » (trad. Françoise Flamant)
Émile Zola, Le Rêve (1888). « Et il l’aimait, à en mourir, lui aussi, il se méprisait de n’être point à son côté, pour s’éteindre ensemble, du même souffle ! Aurait-on la cruauté de vouloir leur fin misérable à tous deux ? Ah ! l’orgueil du nom, la gloire de l’argent, l’entêtement dans la volonté, est-ce que cela pesait, lorsqu’il n’y avait plus que deux heureux à faire ? Et il joignait, il tordait ses mains tremblantes, hors de lui, il exigeait un consentement, suppliant encore, menaçant déjà. Mais l’évêque ne se décida à ouvrir les lèvres que pour répondre par le mot de sa toute-puissance : Jamais ! »
Marcel Proust, Du côté de chez Swann (1913). « Que de fois j’ai vu, j’ai désiré imiter quand je serais libre de vivre à ma guise, un rameur, qui, ayant lâché l’aviron, s’était couché à plat sur le dos, la tête en bas, au fond de sa barque, et la laissant flotter à la dérive, ne pouvant voir que le ciel qui filait lentement au-dessus de lui, portait sur son visage l’avant-goût du bonheur et de la paix. »
Franz Kafka, Dans la Colonie pénitentiaire (1919). « Ce faisant, il aperçut presque malgré lui le visage du cadavre. Il avait gardé la même expression que quand il était en vie ; on ne pouvait discerner aucun signe de la rédemption promise ; ce que tous les autres avaient trouvé dans la machine, l’officier ne l’avait pas trouvé ; les lèvres étaient serrées, les yeux grands ouverts donnaient l’impression d’être vivants ; le regard était calme et convaincu ; la pointe de la grande aiguille avait traversé le front. » (trad. Claude David)
Virginia Woolf, Mrs Dalloway (1925). « Ils pourraient bien, Peter et elle, rester séparés pendant des siècles (elle n’écrivait jamais et ses lettres à lui étaient si sèches), mais un jour, tout à coup, cette pensée lui viendrait : "S’il était ici, avec moi, que dirait-il ?" »
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (1932). « À mesure qu’on reste dans un endroit, les choses et les gens se débraillent, pourrissent et se mettent à puer tout exprès pour vous. »
William Faulkner, Lumière d’août (1932). « J’attendis près de deux ans après Tandis que j’agonise, puis je commençai Lumière d’août, n’en sachant rien de plus qu’une image : celle d’une jeune femme, enceinte, parcourant une route de campagne qui lui est étrangère. »
Jean Giono, Un roi sans divertissement (1947). « Seulement, ce soir-là, il ne fumait pas un cigare : il fumait une cartouche de dynamite. Ce que Delphine et Saucisse regardèrent comme d'habitude, la petite brise, le petit fanal de voiture, c'était le grésillement de la mèche. Et il y eut, au fond du jardin, l'énorme éclaboussement d'or qui éclaira la nuit pendant une seconde. C'était la tête de Langlois qui prenait, enfin, les dimensions de l'univers. Qui a dit : "Un roi sans divertissement est un homme plein de misères"? »
Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes (1951). « Il y a dans notre vie des matins privilégiés où l’avertissement nous parvient, où dès l’éveil résonne pour nous, à travers une flânerie désoeuvrée qui se prolonge, une note plus grave, comme on s’attarde, le cœur brouillé, à manier un à un les objets familiers de sa chambre à l’instant d’un grand départ. Quelque chose comme une alerte lointaine se glisse jusqu’à nous dans ce vide clair du matin plus rempli de présages que les songes ; c’est peut-être le bruit d’un pas isolé sur le pavé des rues, ou le premier cri d’un oiseau parvenu faiblement à travers le dernier sommeil ; mais ce bruit de pas éveille dans l’âme une résonance de cathédrale vide, ce cri passe comme sur les espaces du large, et l’oreille se tend dans le silence sur un vide en nous qui soudain n’a pas plus d’écho que la mer. »
Albert Camus, La Chute (1956). « Je méditais par exemple de bousculer des aveugles dans la rue, et à la joie sourde et imprévue que j’éprouvais, je découvrais à quel point une partie de mon âme les détestait ; je projetais de crever les pneumatiques des petites voitures d’infirmes, d’aller hurler "sale pauvre" sous les échafaudages où travaillait les ouvriers… »
Marguerite Duras, Moderato cantabile (1958). « Dans un dernier sursaut, le rose du ciel augmenta. "Je ne veux pas apprendre le piano", dit l’enfant. Dans la rue, en bas de l’immeuble, un cri de femme retentit. Une plainte longue, continue, s’éleva et si haut que le bruit de la mer en fut brisé. Puis elle s’arrêta, net. "Qu’est-ce que c’est ? cria l’enfant. – Quelque chose est arrivé", dit la dame. »
Nathalie Sarraute, Le Planétarium (1959). « Ses petits yeux brillants, très enfoncés l’observent tandis qu'il avance gauchement... Et elle l’observe aussi. Ses grands yeux clairs sont fixes sur lui. Un courant sort d’elle qui refoule, qui écrase en lui les pensées, les mots... II cherche autour de lui... un secours viendra peut-être du dehors, de n'importe où, de ce grand feu qui flambe par ce temps doux dans la cheminée, de cette couverture qu'elle a sur les genoux, il se cramponne ä cela, de là quelque chose surgit, les mots se forment déjà... mais attention, ils sont repousses, casse-cou, crime de lèse-majesté, il est perdu s'il ose lui poser une question comme à n'importe qui, se hisser sur un plan d’égalité... elle va se redresser avec cet air qu'il lui a vu, d’impératrice outragée... Mais les mots, cette fois encore, tandis qu'il les tire en arrière pour les retenir, se dégagent, un peu titubants, se remettent d’aplomb : « J’espère... que vous n'êtes pas souffrante ? »

Pour aller un peu plus loin :
http://anagnosis.org/gnosis/?q=node/87

Nouvelles, contes, fables et autres récits courts : 7 recueils pour commencer

Charles Perrault, Contes (1697) « Un jour que ces enfants étaient couchés, et que le Bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le cœur serré de douleur : « Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants ; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu de les mener perdre demain au bois… »
La Fontaine, Fables (1668-1694). « Tenez toujours divisés les méchants :
La sûreté du reste de la terre
Dépend de là. Semez entre eux la guerre,
Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.
Ceci soit dit en passant : je me tais. »

Stendhal, Chroniques italiennes (1855). « Marzio fut amené de Naples, et placé, lui aussi, dans la prison Savella ; là, on le confronta aux deux femmes, qui nièrent tout avec constance, et Béatrix en particulier ne voulut jamais reconnaître le manteau galonné qu’elle avait donné à Marzio. Celui-ci pénétré d’enthousiasme pour l’admirable beauté et l’éloquence étonnante de la jeune fille répondant au juge, nia tout ce qu’il avait avoué à Naples. On le mit à la question, il n’avoua rien, et préféra mourir dans les tourments ; juste hommage à la beauté de Béatrix. » («Les Cenci»)
Edgar Allan Poe, Histoires extraordinaires. « Pendant que je regardais, cette fissure s’élargit rapidement ; – il survint une reprise de vent, un tourbillon furieux ; – le disque entier de la planète éclata tout à coup à ma vue. La tête me tourna quand je vis les puissantes murailles s’écrouler en deux. – Il se fit un bruit prolongé, un fracas tumultueux comme la voix de mille cataractes, – et l’étang profond et croupi placé à mes pieds se referma tristement et silencieusement sur les ruines de la Maison Usher. » (« La Chute de la maison Usher », 1839, trad. de Charles Baudelaire)
Jules Barbey d’Aurevilly, Les Diaboliques (1874). « Ce qui sort de ces drames cachés, étouffés, que j’appellerai presque à transpiration rentrée, est plus sinistre, et d’un effet plus poignant sur l’imagination et sur le souvenir, que si le drame tout entier s’était déroulé sous vos yeux. Ce qu’on ne sait pas centuple l’impression de ce qu’on sait. Me trompé-je ? Mais je me figure que l’enfer, vu par un soupirail, devrait être plus effrayant que si, d’un seul et planant regard, on pouvait l’embrasser tout entier. » (« Le Dessous de cartes d’une partie de whist »)
Gustave Flaubert, Trois contes (1877). « Enfin ils moururent, couchés sur le sable, la bave aux naseaux, les entrailles sorties, et l’ondulation de leurs ventres s’abaissant par degrés. Puis tout fut immobile. La nuit allait venir ; et derrière le bois, dans les intervalles des branches, le ciel était rouge comme une nappe de sang. Julien s’adossa contre un arbre. Il contemplait d’un œil béant l’énormité du massacre, ne comprenant pas comment il avait pu le faire. » (« La Légende de saint Julien l’hospitalier »)
■ Jorge Luis Borges, Fictions

Philosophes et moralistes : 12 recueils pour commencer

Platon, Phèdre
Aristote, Poétique
Cicéron, L’Amitié
Érasme, Éloge de la folie
Machiavel, Le Prince
La Boétie, Discours de la servitude volontaire
La Rochefoucauld, Maximes et réflexions diverses
La Bruyère, Les Caractères
■ René Descartes, Méditations métaphysiques
■ Blaise Pascal, Pensées
■ Denis Diderot, Le Neveu de Rameau
■ Henri Bergson, Le Rire

Mémorialistes, autobiographes, autoportraitistes : 6 ouvrages pour commencer

Saint Augustin, Confessions (livres 1 à 4)
Montaigne, Essais (livre 3) : autoportrait
■ Giacomo Casanova, Histoire de ma vie (Livre de poche, anthologie)
■ Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions
■ François-René de Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe (t. 1)
■ Jean-Paul Sartre, Les Mots

Poésie : 33 recueils pour commencer

Ovide, Les Tristes et Les Pontiques
■ Clément Marot, L’Adolescence clémentine
■ Louise Labé, Œuvres
■ Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène
■ Joachim du Bellay, Les Regrets
■ Lord Byron, choix de poèmes : Poèmes (éd. Allia)
■ Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques
■ Victor Hugo, Les Rayons et les ombres
■ Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal (mais aussi Petits poèmes en prose)
Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit
■ Charles Leconte de Lisle, Poèmes barbares
■ José-Maria de Heredia, Les Trophées
■ Paul Verlaine, Romances sans paroles
■ Arthur Rimbaud, Poésies ( mais aussi Une saison en enfer et Illuminations)
■ Jules Laforgue, Complaintes
■ Paul Claudel, Connaissance de l’Est
■ Guillaume Apollinaire, Alcools
■ Pierre Reverdy, Sable mouvant
■ Blaise Cendrars, Du Monde entier au cœur du monde
■ Paul Éluard, Capitale de la douleur
■ Francis Ponge, Le Parti pris des choses
■ René Char, Fureur et mystère
Saint-John Perse, Éloges
■ Giuseppe Ungaretti, Vie d'un homme. Poésie, 1914-1970 (anthologie)
■ Federico García Lorca, Poésies
■ Philippe Jaccottet, À la lumière d’hiver
■ Yves Bonnefoy, L’Arrière-pays
■ Michel Deguy, Comme si comme ça (anthologie, 1980-2007)
■ Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal
■ Léopold Sédar Senghor, Œuvre poétique (Seuil, points)
■ Mahmoud Darwich, La Terre nous est étroite et autres poèmes (anthologie)
Adonis, Mémoire du vent: Poèmes 1957-1990 (anthologie)
■ Pablo Neruda, Résidence sur la terre

Pour aller un peu plus loin :
http://anagnosis.org/gnosis/?q=node/92

Théâtre : 33 chefs-d’œuvre pour commencer

Sophocle, Œdipe roi
Euripide, Les Bacchantes
Aristophane, La Paix
Térence, Heautontimoroumenos
Sénèque, Médée
■ William Shakespeare, Macbeth
■ Pedro Calderón de la Barca, La Vie est un songe
■ Pierre Corneille, Le Cid
■ Pierre Corneille, Horace
■ Pierre Corneille, L’Illusion comique
■ Jean Racine, Phèdre
■ Jean Racine, Bérénice
Molière, L’École des maris
Molière, L’École des femmes
Molière, Le Bourgeois gentilhomme
Molière, Tartuffe
■ Carlo Goldoni, Arlequin valet de deux maîtres
Marivaux, Les Fausses confidences
Beaumarchais, Le Mariage de Figaro
■ Johann Wolfgang von Goethe, Faust
■ Alfred de Musset, Lorenzaccio
■ Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne
■ Victor Hugo, Hernani
■ Victor Hugo, Ruy Blas
■ Alfred Jarry, Ubu roi
■ Jean Anouilh, Le Voyageur sans bagage
■ Jean Giraudoux, La Guerre de Troie n’aura pas lieu
■ Jean Cocteau, La Machine infernale
■ Bertolt Brecht, La Résistible ascension d’Arturo Ui
■ Jean Genet, Les Nègres
■ Samuel Beckett, Oh les beaux jours
■ Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve
■ Jean-Paul Sartre, Les Mouches

Critique : 10 excellents titres

■ André Malraux, L'Homme précaire et la littérature
■ Nathalie Sarraute, L’Ère du soupçon
■ Roland Barthes, Le Plaisir du texte
■ Roland Barthes, Leçon
■ Jean Rousset, Forme et signification
■ Jean Starobinski, L'Œil vivant
■ Marc Fumaroli, La Diplomatie de l'esprit
■ Jean-Louis Chrétien, L’Antiphonaire de la nuit
■ Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
■ Peter Brook, L’Espace vide (sur le théâtre)

Pédagogie : cours et manuels

Usuels
■ Votre manuel de lycée
■ Henri Mitterand, Littérature, Nathan (un tome par siècle)
■ Chantal Labre, Patrice Soler, Dictionnaire de poétique, des modernes aux anciens, Armand Colin

Cours
■ Antoine Compagnon, « La Notion de genre »
https://www.fabula.org/compagnon/genre.php
■ Georges Forestier, Introduction à l’analyse des textes classiques
■ Jean-Michel Gouvard, L’Analyse de la poésie
■ Yves Reuter, L’Analyse du récit
■ Alain Couprie, Le Théâtre : texte, dramaturgie, histoire
■ Sur telle ou telle œuvre : collections Foliothèque (Gallimard) et Études littéraires (Presses universitaires de France)

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