Grec. Point 11 : accents et autres signes diacritiques

Les signes «diacritiques» ne sont pas pour rien dans la poésie du grec ; ils gravitent autour des lettres, dont ils sont en quelque sorte l’ornement.

PANORAMA

• Esprits

Un «esprit» (en latin spiritus, en grec πνεῦμα, «souffle») marque la présence ou l’absence d’aspiration, sur l’initiale d’un mot : voyelle ou ρ exclusivement.

Esprit rude : ῾ = présence d’une aspiration. Exemples : γεμονία (en français "hégémonie»), ρως («héros»), ητορικός (d’où «rhétorique»).

Esprit doux : ᾿ = absence d’aspiration. Exemple : βολός («obole», sans h)

Noter que tout mot commençant par une υ ou par un ρ porte un esprit rude. Le ρ est la seule consonne à pouvoir comporter un esprit, trace d’un σ disparu (σρ).

Attention ! Dans une diphtongue (rappel : αυ, ου, ευ, αι, οι, ει), l’esprit et/ou l’accent frappent toujours la deuxième voyelle. Exemples : αὐδῶ, δοῦλος, τούτῳ.


• Iota souscrit

C’est un iota miniature, qu’on trouve sous des voyelles longues ; il est la trace d’un iota qui ne se prononce plus. Ex : τῇ νύμφῃ, datif de ἡ νύμφη (ι est la désinence du datif singulier).

• Accents

Tous les mots s’accentuent, dans toutes les langues (en français aussi, contrairement à une idée reçue !), mais, en grec, les accents s’écrivent et nous renseignent sur la «hauteur» à laquelle se prononce la syllabe : aiguë ou grave. C’est donc bien une notation musicale: les mots s’écrivent comme sur une partition. Attention cependant : sauf exception (accent d’enclise, voir ci-dessous), il n’y a qu’un accent par mot.

- L’accent aigu signale une élévation de la voix : la syllabe accentuée se prononce plus aiguë. Il peut frapper la dernière syllabe d’un mot (dans ce cas le mot est oxyton), l’avant-dernière (le mot est alors paroxyton), ou l’antépénultième (c’est-à-dire l’avant-avant-dernière ; le mot est alors proparoxyton).
→ ex. : ἀγαθς «bon» (oxyton), ξνος «étranger» (paroxyton), νθρωπος «homme» (proparoxyton)

- L’accent grave signale une baisse, ou l’absence d’élévation dans la voix. Son emploi est très simple : un accent aigu, sur un mot oxyton, se transforme en grave lorsqu’il est suivi d’un autre mot (sauf enclitique : voir encadré ci-dessous). Le mot est alors baryton.
→ ex. : καλ φωνή, «une belle voix».

- L’accent circonflexe associe une hausse et une baisse de ton ; pour cette raison, il ne peut frapper qu’une voyelle longue. Si la syllabe accentuée est la dernière du mot (par exemple καλῶς «bien»), le mot est dit périspomène. Si la syllabe accentuée est l’avant-dernière (ex. εἶμι «je vais»), le mot est dit propérispomène.

                           Des syllabes capables d’accent.

                L’aigu peut en trois lieux passer,
                Sur brève ou longue se placer.
                Le circonflexe une longue aime
                En la dernière ou pénultième.
                Le grave à la fin seul est vu,
                Dans le discours et pour l’aigu.
(Pierre Nicole)

Seuls les mots «enclitiques» et les mots «proclitiques» ne s’accentuent pas :

- les enclitiques sont solidaires de l’accentuation du mot qui précède (ex. θεός τις «un dieu») : ils forment, à la lecture, un seul mot avec lui. À l’indicatif présent (hormis la 2e pers. du singulier), les verbes εἰμι «être» et φημι «dire» sont enclitiques (cf. tableaux ci-dessus) ;

- les proclitiques, quant à eux, sont solidaires du mot qui suit (ex. ἐν τῷ ἱερῷ «dans le sanctuaire»). L’article est proclitique au nominatif masculin et au féminin (singulier et pluriel) : ὁ, οἱ, ἡ, αἱ.

«Enclitique» vient du grec ἐγκλιτικός, dérivé de ἐγκλίνω «pencher». C’est une image : le mot enclitique s’appuie sur le mot qui le précède, il n’a donc pas d’accentuation propre.
«Proclitique» vient du verbe προκλίνω «pencher en avant» : un mot proclitique
penche sur le mot qui le suit.

Ces mots non accentués entraînent cependant parfois un accent dit «d’enclise».
Ex. : λόγος τινί. Τινι est un mot enclitique, mais il porte un accent «d’enclise» car sans lui les syllabes non accentuées seraient trop nombreuses. Pour simplifier, contentons-nous pour le moment d’observer les cas de figure suivants, à partir des mots θεός («dieu»), λόγος («pensée», «parole»), ἄνθρωπος («homme») et δῶρον («don») :
• encycliques comportant une syllabe : θεός τις - λόγος τις - ἄνθρωπός τις - γῆ τις - δῶρόν τις
• encycliques comportant deux syllabes : θεόν τινα - λόγον τινά (λογῶν τινῶν) - ἄνθρωπόν τινα - γῆν τινα - δῶρόν τινα


COMMENT CONNAITRE LA PLACE D’UN ACCENT ?

Avec les verbes, c’est assez simple : l’accent remonte le plus possible en direction de l’initiale ; cette remontée est néanmoins limitée (voir plus-bas, la « loi de la limitation »). Cette loi souffre quelques exceptions, en particulier les infinitifs en ναι (d’où ὀλλναι, ἱστναι, ἱναι, διδναι, paroxytons).

À part les verbes, la plupart des autres mots portent un « accent premier », fixé par l’usage, et impossible à deviner : il faut consulter le dictionnaire. Cet accent premier peut être amené à se modifier ou à se déplacer, au cours de la déclinaison, pour respecter les lois indiquées ci-dessous.

Les principales règles d’accentuation :

• La loi de la limitation

Un accent aigu ne peut se situer à plus de trois syllabes de la fin du mot. La limite est de deux syllabes, si la dernière syllabe (c’est-à-dire la dernière voyelle) est longue.
Un accent circonflexe ne peut se situer à plus de deux syllabes de la fin du mot. Si la dernière syllabe (c’est-à-dire la dernière voyelle) est longue, la limite n’excède pas cette dernière syllabe.

→ ex., avec un nom : ἀλήθεια « la vérité » La dernière syllabe est brève, car le α est bref. L’accent respecte donc la limite qui lui est assignée. Au datif, en revanche (ἀληθείᾳ), la dernière syllabe est longue. L’accent doit donc redescendre d’une syllabe.

→ ex., avec un verbe : δείκνυμαι « je suis montré » (δείκνυμι, voix passive). Mot paroxyton, car la dernière syllabe est brève. 1e pers. du pluriel : δεικνύμεθα, proparoxyton : la désinence compte cette fois deux syllabes. L’accent doit donc redescendre d’une syllabe.

→ autre ex., avec un verbe : μηνύει « je dénonce », paroxyton. La dernière syllabe est longue, et compte donc pour deux temps.

Pour savoir si une voyelle (donc une syllabe) est brève ou longue : voir l’alphabet.
Certaines règles de morphologie entraînent l’allongement d’une voyelle (α en particulier), il faudra être attentif aux conséquences sur l’accent.

• Les règles d’accentuation en cas de contraction

Une contraction résulte de la juxtaposition de deux voyelles. Il faut donc remonter à la forme antérieure à la contraction : si l’accent tombe sur la première voyelle, l’accent après contraction est circonflexe. Si l’accent tombe sur la deuxième voyelle, l’accent après contraction est aigu.

→ *καλέομαι après contraction donne καλοῦμαι. (έο → οῦ)
→ *καλεόμεθα après contraction donne καλούμεθα. (εό → ού)

• Loi de la pénultième longue accentuée

Cette loi concerne, comme son nom (un peu compliqué) l’indique, les mots accentués sur leur pénultième (= avant-dernière= syllabe, quand cette syllabe est longue.

→ Cet accent est circonflexe si la dernière syllabe est brève ;
→ IL est aigu si la finale est longue.

Ex. : δῶρον devient, au génitif, δώρου.

Exceptions : mots dont la dernière syllabe est une particule.
Ex. : le démonstratif ὅδε au féminin → ἥδε, ou la négation μήδε.

• Mots oxytons de la 1e et de la 2e déclinaisons

Aux deux premières déclinaisons, les mots oxytons aux cas directs (rappel : les cas « directs » sont le nominatif, le vocatif et l’accusatif) sont périspomènes aux cas obliques (génitif et datif).
Ex. : ἡ ἀρ, génitif τῆς ἀρς, datif τῇ ἀρ.

Cette règle s’applique bien sûr à l’article (τοῦ, τῆς, τῷ, τῇ, τῶν, τοῖς, ταῖς).

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