Grec, point 23. Le participe

En grec, « participe » se dit μετοχή, « participation » : au mode participe, le verbe « participe » de la nature d’un adjectif ou d’un nom. Il s’accorde en effet en genre (masculin, féminin et neutre), en nombre (singulier, pluriel et duel) et en cas.

1er principe : le participe se forme à partir de l’indicatif. Il faut partir de l’indicatif, et ajouter le suffixe qui convient.

2e principe : 3 suffixes
→ suffixe -ντ- (voix active, à tous les temps, sauf au parfait ; s’emploie également à l’aoriste passif)
→ suffixe -ως- / -ωτ- (voix active, au parfait)
→ suffixe -μενο- (voix moyenne et passive)

Morphologie du participe à la voix active

Il faut commencer par réviser la déclinaison de πᾶς, πᾶντος, adjectif de la 3e classe, aux trois genres : comme c’est le suffixe ντ qu’on utilise pour former le participe à la voix active, πᾶς fournit la matrice de l’ensemble de la déclinaison.
• Comparer, par exemple, πᾶς (formé à partir de *πα-ντ-ς) et ἱστάς (formé à partir de *ἱστα-ντ-ς).
• Nous avons déjà vu la déclinaison de ἑκών « volontaire », qui est un ancien participe présent : le participe présent actif des verbes thématiques se décline de la même façon. Πράττω → πράττων (formé à partir de *πραττο-ντ-ς).
• Δεικνύς (formé à partir de *δεικνυ-ντ-ς), participe présent actif de δείκνυμι « montrer », se décline lui aussi de la même manière. Ce qui change, c’est la voyelle (υ ici), et le maintien de la désinence ς au nominatif masculin singulier.

Au nominatif masculin singulier, le ς se maintient et fait disparaître le suffixe ντ, sauf s’il y a voyelle thématique (voir ci-dessous πράττων).
La disparition du suffixe ντ est systématique au datif pluriel, comme toujours.

Comparaison entre l’adjectif πᾶς et trois participes présents :

ἵστημι δείκνυμι πράττω
masculin πᾶς
πάντα
παντός
παντί
πάντες
πάντας
πάντων
πᾶσι
ἱστάς
ἱστάντα
ἱστάντος
ἱστάντι
ἱστάντες
ἱστάντας
ἱστάντων
ἱστᾶσι
δεικνύς
δεικνύντα
δεικνύντος
δεικνύντι
δεικνύντες
δεικνύντας
δεικνύντων
δεικνῦσι
πράττων
πράττοντα
πράττοντος
πράττοντι
πράττοντες
πράττοντας
πραττόντων
πράττουσι
féminin πᾶσα
πᾶσαν
πάσης
πάσῃ
πᾶσαι
πάσας
πασῶν
πάσαις
ἱστᾶσα
ἱστᾶσαν
ἱστάσης
ἱστάσῃ
ἱστᾶσαι
ἱστάσας
ἱστάσων
ἱστάσαις
δεικνῦσα
δεικνῦσαν
δεικνύσης
δεικνύσῃ
δεικνῦσαι
δεικνύσας
δεικνύσων
δεικνύσαις
πράττουσα
πράττουσαν
πραττούσης
πραττούσῃ
πράττουσαι
πραττούσας
πραττούσων
πραττούσαις
neutre πᾶν
πᾶν
παντός
παντί
πάντα
πάντα
πάντων
πᾶσι
ἱστάν
ἱστάν
ἱστάντος
ἱστάντι
ἱστάντα
ἱστάντα
ἱστάντων
ἱστᾶσι
δεικνύν
δεικνύν
δεικνύντος
δεικνύντι
δεικνύντα
δεικνύντα
δεικνύντων
δεικνῦσι
πρᾶττoν
πρᾶττoν
πράττοντος
πράττοντι
πράττοντα
πράττοντα
πραττόντων
πράττουσι


Quand utilise-t-on les thèmes -οντ-, -αντ-, -υντ- et -εντ- ?

Thème -οντ-
(comme ἑκών)
• verbes thématiques, au présent : πράττω → πράττων, πράττουσα (de *πράττοντyα), πράττον.
• verbes contractes (ποιέω-ῶ, τιμάω-ῶ, δηλόω-ῶ), au présent : appliquer les règles de contraction.
ποιῶν (génitif ποιoῦντος), ποιοῦσα (gén. ποιούσης), ποιοῦν (gén. ποιoῦντος).
τιμῶν (gén. τιμῶντος), τιμῶσα (gén. τιμώσης), τιμῶν (gén. τιμῶντος).
δηλῶν (g. δηλοῦντος), δηλοῦσα (g. δηλούσης), δηλοῦν (g. δηλοῦντος).
• verbes εἰμι et εἶμι → ὤν et ἴων
• participe futur : πράττω → πράξων, πράξουσα, πρᾶξον
• aoriste thématique : λέγω → εἰπών, εἰποῦσα, εἰπόν
• présent et aoriste de δίδωμι (radical διδω) : participe présent διδούς (gén. διδόντος), διδοῦσα (g. διδούσης), διδόν (g. διδόντος) et aoriste δούς.
• aoriste radical avec radical en ο : par ex. γιγνώσκω, indicatif aor. ἔγνων → γνούς [le ς ici se maintient], γνοῦσα, γνόν
Thème -αντ-
(comme πᾶς)
• verbe ἵστημι au présent (radical στα) → ἱστάς (gén. ἱστάντος), ᾶσα, άν
• aoriste en σα : ἔλυσα → λύσας, λύσασα, λῦσαν.
Rem. : ἵστημι (aoriste sigmatique lorsqu’il est transitif et signifie « placer ») : ἔστησα → στήσας, στήσασα, στῆσαν
• aoriste radical avec radical en α : par ex. βαίνω, indicatif aoriste ἔβην → βάς, βᾶσα, βάν.
Rem. : ἵστημι (aoriste radical lorqu’il est intransitif et signifie « se placer ») : ἔστην → στάς, στᾶσα, στάν
Thème -υντ- • verbe δείκνυμι au présent (radical δεικνυ) → δεικνύς (gén. δεικνύντος), ῦσα, ύν
• aoriste radical avec radical en υ : par ex. δύομαι « s’enfoncer », indicatif aoriste ἔδυν (forme active) → δύς, δῦσα, δύν
Thème -εντ-
(comme χαρίεις)
• verbe τίθημι au présent (radical τιθε) → τιθείς (gén. τιθέντος), εῖσα, έν
+ ἵημι → ἱείς, εῖσα, έν
Ces participes se conjuguent comme χαρίεις, εσσα, εις, à l’exception du féminin (εισα, non εσσα)
• aoriste passif : ἐλύθην → λυθείς, εῖσα, έν.


Le participe aoriste de τίθημι, ἵημι, δίδωμι et ἵστημι (aor. radical) s’obtient à partir du participe présent, en enlevant le redoublement initial en ι.
τιθείς → θείς - ἱείς → εἵς - διδούς → δούς - ἱστάς (intransitif) → στάς

Morphologie du participe à la voix moyenne et à la voix passive

Voix moyenne Voix passive
Présent Thème du présent
+ suffixe μένος, η, ον
βαλλόμενος, η, ον
ὀλλύμενος, η, ον
Même formation qu’à la voix moyenne.
Futur Thème du futur (= avec suffixe σ)
+ ομενος, η, ον
κελευσόμενος, η, ον
δειξόμενος, η, ον (ppe futur de δείκνυμαι moyen)
Thème du futur passif (= avec suffixe ησ ou θησ)
+ ομενος, η, ον
λυθησόμενος, η, ον
δειχθησόμενος (ppe futur passif de δείκνυμι)
Aoriste Thème de l’aoriste
+ suffixe μένος, η, ον
λιπόμενος, η, ον (ppe aoriste thématique de λείπομαι moyen)
βουλευσάμενος, η, ον (ppe aoriste sigmatique de βουλεύομαι moyen)
Thème de l’aoriste passif (avec suffixe ε ou θε)
+ terminaison analogue à celle de τιθείς, εῖσα, έν
λυθείς (gén. λυθέντος), λυθεῖσα (g. λυθείσης), λυθέν (g. λυθέντος)
δειχθείς (g. δειχθέντος), δειχθεῖσα (g. δειχθείσης), δειχθέν (g. δειχθέντος)


Emplois du participe

• Le participe substantivé, toujours précédé d’un article.

→ τὰ πάροντα : le présent (de πάρειμι, « être présent »)
→ τὰ ὑπάρχοντα : les exemples qu’on a sous les yeux / les circonstances, la situation / la puissance existante / les biens dont on dispose
→ ὁ λέγων : celui qui parle → l’orateur
→ Τῷ ὄντι : « en réalité ».

■ Δίκην γέ τοι διδόασιν οἱ παραβαίνοντες τοὺς ὑπὸ τῶν θεῶν κειμένους νόμους. (Xénophon, Mémorables) «Ils sont punis, assurément, ceux qui transgressent les lois établies par les dieux.»

• Le participe complétif : avec les verbes de perception, de sentiment, d’état, de connaissance.

Χαῖρω διαλεγόμενος, je me réjouis de dialoguer (littéralement : « je me réjouis dialoguant »).
Οὐ παύει ἁμαρτάνων, « tu ne cesses pas de te tromper ».
Ὁρῶ σε ὑποδεχόμενον, « je vois que tu es accueilli ».
Σύνοιδα κάκιστος ὤν, « j’ai conscience d’être très mauvais ».

■ Καὶ τοὺς μὲν φίλους ἐπεῖδον δι᾽ ἐμοῦ εὐδαίμονας γενομένους. (Xénophon, Cyropédie) Et j’ai vu mes amis devenir heureux grâce à moi.

• Le participe circonstanciel (apposé) : équivalent d’une causale (avec parfois ἅτε, οἷον ou ὡς), d’une conditionnelle (avec ou sans ἄν), d’une comparative conditionnelle (avec parfois ὥσπερ), d’une concessive (avec souvent καίπερ), d’une finale (participe au futur) ou d’une temporelle (souvent avec ἅμα, εὐθύς, μεταξύ).

■ Βραχὺς ὁ βίος ἀνθρώπῳ εὖ πράττοντι, δυστυχοῦντι δὲ μακρός. (proverbe rapporté par Stobée) Courte est la vie pour un homme qui connaît le succès (idiomatisme : εὖ πράττειν réussir), longue pour un homme malheureux (δυστυχέω-ῶ échouer, avoir une mauvaise τύχη fortune)
■ Caton l’Ancien : οὐκ ἠξίου δὲ τὸν υἱόν [...] τοῦ ὠτὸς ἀνατείνεσθαι μανθάνοντα βράδιον. (Plutarque) « Il ne jugeait pas bon que son fils se fît tirer les oreilles sous prétexte qu’il comprenait trop lentement. »
■ Οἱ δὲ γέροντες συγκαθιέντες τοῖς νέοις εὐτραπελίας τε καὶ χαριεντισμοῦ ἐμπίμπλανται. (Platon, République). « Les vieillards, en s’asseyant (→ quand ils s’assoient) avec les jeunes gens, se montrent pleins de gaieté et de bel esprit. » → nuance temporelle
■ Πρὸς τοὺς βαρβάρους ἀπήντων, ὥσπερ ἐν ἀλλοτρίαις ψυχαῖς μέλλοντες κινδύνευειν. (Ιsocrate, Panathénaïque). « Ils allaient au devant des barbares, comme si c’était des vies étrangères qu’ils s’apprêtaient à risquer. » → comparaison conditionnelle.
■ Γραῦς ἀνακροτήσασα πολὺν κονιορτὸν ἐγείρει. (proverbe)
« Une vieille femme en battant des mains (ἀνακροτέω-ῶ) soulève beaucoup de poussière (ὁ κονιορτός = ἡ κόνις, εως, cf. latin cinis). »

• Le participe épithète : équivalent d’une relative.

→ οἱ παῖδες οἱ σφαιρίζοντες (Platon) : les enfants qui jouent à la balle.
→ Βραχὺς ὁ βίος ἀνθρώπῳ εὖ πράττοντι : la vie est courte pour l’homme qui connaît le succès (proverbe).

• Le génitif absolu : proposition participiale à valeur circonstancielle

Composé d’un nom (ou d’un pronom) et d’un participe, tous deux au génitif, le génitif absolu exprime une « détermination accessoire » (Jean Humbert) ; à l’origine, il correspondait sans doute à une sorte de « point de départ », d’où le recours au génitif (voir la valeur des cas).

■ Œdipe répond à Créon, qui fait allusion à son mariage avec Jocaste, sa mère.
Οὐ γὰρ οὖν σιγήσομαι
σοῦ γ᾽ εἰς τόδ᾽ ἐξελθόντος, ἀνόσιον στόμα.
« Donc je ne me tairai pas, puisque tu as ouvert ta bouche impie pour (raconter) cela. » (Sophocle, Œdipe à Colone)
■ Τοιαῦτα μέντοι καὐτὸς εἰσέβην κακά,
θεῶν ἀγόντων. (Sophocle, Œdipe à Colone) « Je suis tombé dans de tels malheurs à cause de l’action des dieux. »
■ Sur l’énigme du Sphinx. Πολλῶν δὲ ἀπολομένων, καὶ τὸ τελευταῖον Αἵμονος τοῦ Κρέοντος, κηρύσσει Κρέων τῷ τὸ αἴνιγμα λύσοντι καὶ τὴν βασιλείαν καὶ τὴν Λαΐου δώσειν γυναῖκα. (Apollodore, Bibliothèque) « Beaucoup étant morts, et en dernier lieu, Hémon le fils de Créon, Créon annonce qu’à celui qui résoudra l’énigme il offrira le royaume et l’épouse de Laïos. » Rem. : τῷ λύσοντι participe substantivé.

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