Méthode : la composition française aux concours scientifiques X-ENS et MINES-PONT

Avant tout, lire les sujets et les rapports des jurys :
• Polytechnique
https://gargantua.polytechnique.fr
• Mines-ponts
http://www.mines-ponts.fr/index.php

X/ENS. L’épreuve de composition dure 4 heures.
MINES-Pont : 3 heures.

Éviter à tout prix (erreurs éliminatoires) :

1- les plaisanteries de potache
2- la brièveté excessive. Viser 8 pages, et faire 3 parties. Il ne suffit pas d’opposer deux points de vue : le jury de l’école polytechnique emploie l’image de la composition comme « négociation » (« on compose avec l’ennemi en vue d’obtenir la paix », rapport 2008).
3- une présentation négligée (comme à l’oral)

impératif de relecture (une copie non relue se reconnaît souvent dès les premières lignes)
impératif de propreté : ratures soignées, traits à la règle, respect de la marge.
impératif de clarté et de lisibilité :
- Le correcteur ne doit rencontrer aucun problème de lisibilité. L’écriture, ni trop grande ni trop petite, doit être soignée.
- Un espace sépare les grandes étapes (introduction, développement et conclusion) et les rend distinctes dès le premier regard.
- Des paragraphes séparent les éléments constitutifs du raisonnement : analyse du sujet, problématique et annonce du plan dans l’introduction ; récapitulation, résolution du problème et ouverture dans la conclusion.
Dans chaque partie du développement, un paragraphe correspond à un argument : d’où, généralement, 3 ou 4 paragraphes à l’intérieur d’une partie. Ne pas multiplier les paragraphes (morcellement).
- Un retrait d’au moins un centimètre au début de chaque paragraphe.
- Titres soulignés, ainsi que les mots ou expression écrits dans une langue étrangère.
- Guillemets réservés aux citations.
- Pas de stylo à bille. Stylo à plume de préférence (équivalent d’une bonne tenue à l’oral).

4- une orthographe, une syntaxe et/ou un lexique déficients. Viser le zéro fautes.

Les erreurs sur les noms propres sont graves également, et leur effet est particulièrement désastreux.
Ne pas négliger la ponctuation : mésusage et négligence gênent la lecture et rendant certaines phrases incompréhensibles. Ne pas oublier la virgule là où elle est nécessaire, mais ne pas en mettre non plus n’importe où (par exemple, entre le sujet et le verbe ou entre un verbe et son complément d’objet) : il y a des règles, qui sont exposées par exemple ici, http://www.la-ponctuation.com/.
Respecter les accents sans lesquels les mots deviennent moins lisibles. Ils ne sont pas faculatifs.

Le texte doit être écrit dans un style sobre, limpide et immédiatement compréhensible. Éviter le jargon (souvent barbarismes, dont le rapport de l’X en 2008 donne des exemples : « répétabilité », « raisonnabilité », « inacceptabilité »…). Ne pas confondre vocabulaire spécifique et jargon : c’est l’exactitude qui compte. Bannir les familiarités (« dans Le Feu de Barbusse, il pleut souvent des cordes ») et la novlangue journalistique (exemple donné par le rapport 2008 : « Aucun des trois auteurs n’a le potentiel. »).
Faire des phrases simples, claires et efficaces.
Pas de « je », de « nous » ni de « on ».

Voir aussi : Travail manuscrit, critères de forme à respecter

Garder à l’esprit qu’au concours, le correcteur n’a qu’un temps limité à consacrer à chaque copie.

5- l’ignorance ou le survol des œuvres au programme : le jury veut d’abord être certain que celles-ci ont été lues. Éviter les abstractions, les lieux communs et autres banalités (les hommes préfèrent vivre en paix… L’amour demande à être partagé…), souvent discutables, d’ailleurs, dès qu’on y réfléchit un peu. Toute affirmation doit être située et justifiée dans une perspective particulière, celle d’un auteur, d’une œuvre, d’un personnage, d’un épisode…
6- Éviter d’ignorer le sujet, effleuré ou mal compris : bref, le hors-sujet. Traiter le sujet avec un esprit d’ingénieur, c’est-à-dire efficacement et sans l’esquiver. Aucune digression n’est permise.

Éviter également :

7- la récitation de cours ou de corrigés tout faits. Chaque sujet est différent. La connaissance des œuvres doit permettre de traiter n’importe quel sujet dans sa singularité. « Nous souhaitons évaluer leur expérience de lecteur [celle des candidats] et non la préparation qu’ils ont reçue. » (X, rapport 2008).
8- trop de références extérieures au programme, et qui parasitent l’analyse des œuvres. Ces références ne sont pas interdites, mais viennent en supplément, et doivent être rigoureusement exactes (ne pas se tromper d’auteur, par exemple) et apporter une contribution utile à la réflexion.
9- une réflexion univoque : il faut articuler trois points de vue différents, sinon opposés (dialectique) ;
10- de négliger une œuvre sur les trois, ou de réduire les œuvres de fiction à une illustration de l’œuvre philosophique. Les trois textes doivent être confrontés et mis sur le même plan ; aucun ne possède d’autorité sur les autres, et le philosophe n’est pas plus infaillible que le romancier, le poète ou le dramaturge.

La composition est un exercice contraignant, obéissant à des règles fixes. En cela, elle est comparable au sonnet par exemple. Elle vient des exercices de rhétorique de l’Antiquité : elle s’inscrit dans la continuité d’une tradition.

Étapes attendues

1- une analyse du sujet, présentée dans l’introduction.

« Amener le sujet » consiste à le mettre en perspective, à l’introduire pour le rendre plus clair, et non à faire un détour par une autre citation (à éviter absolument) ou par un fait extérieur au problème.

→ Mise en perspective (contexte, point de vue d’où parle l’auteur… De quoi est-il le nom ?...)
Élucidation du sens de la citation : celle-ci doit être expliquée. Donner les notions-clés : l’exactitude du vocabulaire est essentielle ici, plus encore que dans tout le reste de ce travail. Se méfier des apparentes évidences : il y a toujours un ou deux mots au moins qui, dans la citation, posent problème et méritent explication ou définition, quand on y regarde d’un peu près.
→ Indiquer aussi les « lieux d’incertitude » (X, rapport 2008) : les failles, les limites, ce qui prête à discussion, sans contredire, pour le moment, l’auteur de la citation. Expliquer, c’est tout.

Pour être analysé, le sujet doit être cité, continument ou de manière discontinue (tout dépend de sa longueur), mais le plus complètement possible.

2- une problématique : quel(s) problème(s) pose ce point de vue, tel que l’auteur l’exprime ? Une problématique se présente sous la forme d’une ou (souvent) de deux ou plusieurs questions, clairement organisées entre elles (ne pas jeter des questions en vrac).
Le but est de circonscrire, au sens stratégique du terme, le problème unique, particulier, singulier que pose la citation. Il est donc hors de question de « noyer le poisson » dans une question générale.

Exemple. Apollinaire déclare : « Quoi de plus beau que de chanter les héros et la grandeur de la patrie ? Quoi de plus beau que d’inspirer de nobles sentiments aux générations à venir ? » Le problème précis que posent ces questions rhétoriques n’est pas : « La guerre est-elle bonne ou mauvaise ? » ou « La guerre est-elle violente ? », mais « La guerre correspond-elle à cette image de grandeur et de noblesse, c’est-à-dire au modèle épique que l’auteur a présent à l’esprit ? »
La problématique résulte de l’explication du sujet, non du souvenir, aussi précis soit-il, de son cours : une bonne analyse du sujet est nécessaire pour aboutir à une bonne problématique. Une lecture négligée peut même conduire à un contresens complet, par exemple : « Apollinaire affirme qu’il faut tirer des leçons de la guerre pour éviter qu’elle ne se reproduise. » L’auteur dit le contraire… Les notions-clés, ici, sont celles d’héroïsme et d’imaginaire épique (ou chevaleresque) : il ne faut pas les manquer.

3- une annonce du plan articulée, répondant à deux attentes :
Quelles sont les idées directrices ? Au sujet des idées présentées, tenir un juste équilibre. Éviter la sécheresse de l’abstraction (« le point de vue d’Apollinaire est vérifiable ») mais aussi un développement excessive. On montre une direction, avec clarté, mais rien de plus.
Comment le raisonnement est-il organisé ? Comment progresse-t-il ? S’interdire les tournures comme « dans une première partie… dans une deuxième partie… dans une dernière partie… », ou « d’abord… ensuite… enfin… »

4- un développement dialectique, c’est-à-dire généralement :

→ 1e partie = confirmation du point de vue exprimé par le sujet
→ 2e partie = réfutation de la partie précédente (toujours appuyée sur des exemples précis, et différents des précédents) ou construction d’un raisonnement opposé.
→ 3e partie = 3e point de vue, un point de vue distinct et concret, plus radical ou plus nuancé que les précédents, mais pas un mélange de ces derniers.

Liens logiques (conjonctions, adverbes…) et transitions sont indispensables à tous les virages de la réflexion.

L’idée directrice (la « thèse ») doit être formulée clairement au début et à la fin de chaque partie, avec clarté (mais sans trop de lourdeur, si possible : faire preuve d’habileté rhétorique en variant les expressions). Ne pas la contredire, ne pas s’en écarter.

Ne jamais perdre de vue le sujet : le serrer de très près, ne jamais le lâcher. Aucune digression n’est permise.

Rester toujours précis et concret : les considérations abstraites sont du temps perdu pour le candidat comme pour le correcteur. Les exemples ne sont pas donnés pour illustrer une idée : ils en sont la matière.

Les trois œuvres doivent être mobilisées et comparées dans chaque partie, à la lumière de l’idée directrice qu’elle développe.

5- une conclusion, c’est-à-dire, dans l’ordre :
→ une récapitulation du développement : au terme de son voyage, le marcheur se retourne et regarde le chemin parcouru. Orienter cette récapitulation vers la résolution du problème
→ une solution apportée au problème posé : cette solution correspond à la 3e thèse développée. Il s’agit de convaincre son lecteur que cet aboutissement valait la peine de cheminer jusque là… La conclusion n’est donc pas seulement un passage obligé, mais l’affirmation d’une réponse personnelle, originale et convaincante.
→ une ouverture, transition vers une question adjacente, qui se pose vraiment. Pas de digression ou de rapprochement incongru.

Ne pas céder à la tentation de bâcler la conclusion : ce serait aberrant, puisqu’elle est le but à atteindre.

Français: 

Desk02 theme