Grec. Point 2 : les noms et les cas

« Le mot est un son qui signifie quelque chose », écrit Pierre Nicole (1625-1694) dans le style de la Logique de Port-Royal… Considérons d’abord les noms. En plus de sa signification (qui lui est propre), un nom possède :

  • un genre : féminin, masculin ou neutre. « Les formes fléchies, c'est-à-dire déclinées, du nom indo-européen opposaient deux genres : l'animé (masculin-féminin) et l'inanimé (neutre). Cette opposition a été conservée en grec. » (J. de Romilly, M. Trédé, Petites Leçons sur le grec ancien, Stock, p. 62) Le grec joue subtilement des différences entre les genres, différences définies plus grossièrement en français, où « le neutre est masculin » (Claude Lévi-Strauss). « Les grecs jouent avec le sexe des noms. » (Joëlle Bertrand)
  • et un nombre : singulier, pluriel, mais aussi duel, s’il y a deux entités ; le duel se rencontre rarement, aussi nous épargnerons-nous la peine de l’apprendre dans un premier temps.
  • un cas, qui correspond à la manière dont il « tombe » (en latin casus « la chute », de cadere « tomber ») dans la phrase.

Soit le mot πυρός. Il s’agit du nom πῦρ «feu » (voir « pyromane »), qui est un mot neutre (c’est le genre). Le « thème » est πυρ- et la « désinence » est -ος. Cette désinence nous apprend que πυρός est au génitif (c’est son cas) et au singulier (nombre).

La désinence informe donc sur la situation du mot dans la phrase ; la place du mot, elle, peut varier selon l’intention, selon l’effet recherché : elle est plus libre qu’en français.

Les cas

Le cas est la situation du mot dans la phrase. Cette place se reconnaît à une désinence.
Exemple : si le mot ἀρχή (commandement) se termine par un ν (ἀρχήν, désinence ν), je sais qu’il est en position d’objet (« accusatif »).

Pourquoi des « cas » ? En grec, « cas » se dit πτῶσις (action de tomber), et en latin casus, qui a le même sens. Pour comprendre ce mot, il faut partir du nominatif, qui est la forme normale du nom. Quand un mot se « décline » (κλίνεται), il s’éloigne de cette ligne droite, donc il « tombe »… On utilise l’image d’une chute « directe » pour le vocatif et l’accusatif (« cas directs »), et d’une chute « oblique » pour le génitif et le datif, « cas obliques ».
Un mot peut « tomber » dans une phrase de différentes manières : comme sujet, comme objet, comme destinataire, comme circonstance locale ou temporelle… Ce qui nous donne cette information, c’est la désinence, c’est-à-dire la fin du mot. Ainsi, au singulier, -ν est la désinence de l’accusatif, -ι la désinence du datif. Ce qui précède la désinence est le « thème », c’est-à-dire la base sur laquelle le mot se décline ; ainsi, dans le mot μῦθος, -ς est la désinence, et μῦθο- est le thème.

Il faut connaître le(s) sens premier(s) de chaque cas :

  • Le nominatif. « Le nominatif n’est pas un cas, mais la base sur laquelle s’organise la flexion » (J. Humbert) : un mot au nominatif est simplement « nommé ». Un mot est au nominatif quand il occupe la fonction de sujet, ou quand il se superpose au sujet (épithète, attribut, apposition au sujet)
  • Le vocatif : proche morphologiquement du nominatif, dont la grammaire antique ne le distinguait pas clairement, il correspond à l’apostrophe (appel, interpellation : latin vocare appeler). « Souvent le vocatif se calque sur le nominatif : cela s’explique en réalité par « la tendance à employer le nominatif en fonction de vocatif » (P. Chantraine, Morphologie historique du grec).
  • L’accusatif : il désigne soit l’objet (du latin causa « la chose ») : c’est la fonction complément d’objet ; soit une extension, dans l’espace (accusatif complément de lieu, indiquant la destination), ou dans le temps (accusatif complément de temps, indiquant la durée).
  • Le génitif : il désigne l’appartenance, la participation, ou l’origine (la racine -gen-, en latin comme un grec, et donc en français, désigne l’origine : genèse, géniteur, gène, etc.).
  • Le datif : il désigne le bénéficiaire d’un don (latin dare, « donner »), et, de manière plus générale, le destinataire. Mais le datif englobe aussi la situation (dans le temps ou dans l’espace), ainsi que le moyen et la manière, car il a hérité les fonctions de certains cas disparus de la morphologie : le locatif (situation dans le temps ou dans l’espace), et l’instrumental (moyen ou manière).

Ces mots s’utilisent parfois au sujet des langues modernes : ils restent utiles pour caractériser les liens logiques à l’intérieur des phrases.

Interprétation

Cas Fonction
Nominatif Sujet (et tout ce qui s’y rapporte : apposition, attribut du sujet)
Vocatif Apostrophe : ex. « Alcibiade ! »
Accusatif Complément d’objet
+ déplacement dans l’espace (direction vers..., entrée dans…)
+ extension dans le temps (durée : « pendant… »)
+ association d’idées (accusatif de relation : « relativement à… », « quant à… »)
Génitif Origine, éloignement (« hors de… », « loin de… »)
+ simple relation (complément du nom)
+ ensemble dans lequel on prend une partie (génitif partitif : « l’un d’entre nous »)
Datif Destinataire, bénéficiaire, personne concernée (complément d’attribution, ou « d’objet second »)
+ moyen, manière, accompagnement (« avec… »)
+ situation fixe dans l’espace ou dans le temps (complément de lieu ou de temps, sans entrée ni sortie)


Attention : un certain nombre de verbes se construisent avec un complément d’objet au génitif ou au datif. Ce que nous considérons comme « objet » n’était pas toujours, en effet, perçu comme tel en grec. Ainsi, la personne qu’on écoute (« écouter » se dit ἀκούειν) se met au génitif, parce qu’elle est la source de ce qu’on entend. Ἀκούω τούτων : « j’écoute ces gens », τούτων est au génitif (désinence -ων).

Revenons au génitif. À ses valeurs premières s’ajoutent d’autres emplois :
- complément du superlatif (ex. : le meilleur d’entre nous)
- complément du comparatif (ex. : meilleur que nous) en concurrence avec la préposition ἤ.
- complément de temps (notamment avec la préposition ἐπί).
- complément d’agent (avec la préposition ὑπὸ) : « accusé par le roi ».
- chef d’accusation : « accusé de vol ».
- surprise, indignation : « moi, un voleur ! ».
- complément de certains verbes (comme ἀκούειν) ou adjectifs (ἄξιος, « digne de »).
- le génitif absolu, qui correspond à l’« ablatif absolu » en latin. Ex. : « Le temps étant venu »…

Les désinences

Noms, adjectifs, pronoms et déterminants prennent donc des désinences différentes selon les « cas » : on dit qu’ils se « déclinent ». Dérivé du latin declinare « descendre », ce mot nous ramène encore à l’image de la chute.
Cependant, il y a trois manières de descendre, donc trois « déclinaisons ». Voici un tableau simplifié des désinences telles qu’elles se voient en grec classique. Souligner les points communs et les ressemblances.

À noter : le iota souscrit s’écrit sous une voyelle, et ne se prononce pas.

1e déclinaison : thèmes se terminant en -α (ou -η)
féminin masculin
singulier pluriel singulier pluriel
Nominatif - ι ς ι
Vocatif - ι - ι
Accusatif ν ς ν ς
Génitif ς ων ου ων
Datif ι souscrit ις ι souscrit ις


2e déclinaison : thèmes se terminant en -ο
masculin ou fém. neutre
singulier pluriel singulier pluriel
Nominatif ς ι ν α
Vocatif - ι ν α
Accusatif ν ς ν α
Génitif ου ων ου ων
Datif ι souscrit ις ι souscrit ις


3e déclinaison (thèmes variés)
masculin ou fém. neutre
singulier pluriel singulier pluriel
Nominatif ς ες - α
Vocatif - ες - α
Accusatif ν ας - α
Génitif ος ων ος ων
Datif ι σι ι σι


Après avoir observé ces trois ensembles de désinences, on peut noter ceci :
- Au neutre pluriel, la désinence α est « une ancienne marque de collectif » (P. Chantraine). En effet, le pluriel d’un mot neutre est considéré comme un ensemble ; d’ailleurs, quand il est sujet d’un verbe, ce dernier se met au singulier : τὰ ζῷα τρέχει, « les animaux courent ».
- Le ων du génitif pluriel vient d’une « désinence de démonstratif » (P. Chantraine) -som, qui a donné les désinences -rum et -um en latin.
- Le datif pluriel en ις (décl. 1 et 2) était à l’origine en –σι (comme à la 3e décl., mais un ι s’est introduit avant le σ, et enfin le second ι a disparu… sauf chez les poètes, qui ont une désinence en -ισι.

Quelques exemples :
- un mot féminin de la 1e déclinaison : au singulier στρατιά, στρατιά, στρατιάν, στρατιᾶς, στρατιᾷ, et au pluriel στρατιαί, στρατιαί, στρατιάς, στρατιῶν, στρατιαῖς. Ce mot signifie « armée ».
- un mot masculin de la 1e déclinaison : au singulier νεανίας, νεανία, νεανίαν, νεανίας, νεανίου, et au pluriel νεανίαι, νεανίαι, νεανίας, νεανιῶν, νεανίαις. Ce mot signifie « jeune homme ».
Noter dès maintenant que, dans beaucoup de mots de la 1e, le thème se termine par η et non par α.
- un mot masculin de la 2e déclinaison : au singulier στρατός, στρατέ, στρατόν, στρατοῦ, στρατῷ, et au pluriel στρατοί, στρατοί, στρατούς, στρατῶν, στρατοῖς. Ce mot signifie « armée » également.
- un mot neutre de la 2e déclinaison : au singulier ὅπλον, ὅπλον, ὅπλον, ὅπλου, ὅπλῳ, et au pluriel ὅπλα, ὅπλα, ὅπλα, ὅπλων, ὅπλοις. Ce mot signifie « arme ».
- un mot féminin de la 3e déclinaison : au singulier φλόξ (« flamme »), au singulier φλόξ, φλόγα, φλογός, φλογί, et au pluriel φλόγες, φλόγες, φλόγας, φλόγα, φλογῶν, φλοξί.
- un mot neutre de la 3e déclinaison : σῶμα (« corps »), σῶμα, σῶμα, σώματος, σώματι, et au pluriel σώματα, σώματα, σώματα, σωμάτων, σώμασι.

Dans les phrases qui suivent, analyser la désinence de chaque mot marqué en vert : déclinaison, genre cas et nombre. Par exemple : χρημάτων = 3e déclinaison, neutre, génitif pluriel.
Souvent, il est nécessaire de connaître le nominatif et/ou le génitif singuliers : ce sont d’ailleurs les premières informations que donne un dictionnaire sur chaque nom.

Les traductions se trouvent à la fin de l’exercice.

1. Πάντων χρημάτων μέτρον ἐστὶν ἄνθρωπος. (phrase célèbre du sophiste Protagoras)
→ Nominatif χρῆμα, génitif χρήματος : la chose
→ Nominatif μέτρον, génitif μέτρου : la mesure
→ Nominatif ἄνθρωπος, génitif ἀνθρώπου : l’homme

2. Μία λόχμη οὐ τρέφει δύο ἐριθάκους. (Tosi, Dictionnaire des sentences latines et grecques, op. cit., p. 585)
→ λόχμη, λόχμης (thème se terminant par un η, voir ci-dessus) : buisson
→ ἐρίθακος, ἐρίθακου : rouge-gorge

3. Πῦρ μαχαίρᾳ μὴ σκαλεύειν. (Tosi, p. 595)
→ πῦρ, πυρός : feu
→ μάχαιρα, μαχαίρας : couteau

4. Ἐρρέτω φίλος σὺν ἐχθρῷ. (Tosi, p. 641)
→ φίλος, φίλου : ami
→ ἐχθρός, ἐχθροῦ : ennemi

5. Un célèbre jeu de mots de Platon sur le corps (σῶμα) : σῆμά τινές φασιν αὐτὸ εἶναι τῆς ψυχῆς (Cratyle, 400c).
→ σῆμα, σήματος : signe ou tombeau
→ ψυχή, ψυχῆς : âme

6. Φαίνεταί σοι φιλοσόφου ἀνδρὸς εἶναι ἐσπουδακέναι περὶ τὰς ἡδονὰς καλουμένας τὰς τοιάσδε, οἷον σιτίων καὶ ποτῶν; (Platon, Phédon, 64d)
→ φιλόσοφος, ου : le philosophe
→ ἀνήρ, ἀνδρός : hommes (au sens sexué
→ ἡδονή, ῆς : plaisir
→ σιτίον, ου : nourriture
→ πότος, ου : boisson

7. Οὐκοῦν τοῦτό γε θάνατος ὀνομάζεται, λύσις καὶ χωρισμὸς ψυχῆς ἀπὸ σώματος; (id., 68d)
→ θάνατος, θάνατου : mort
→ λύσις, λύσεως (déformation de la désinence -ος) : dissolution
→ χωρισμός, χωρισμοῦ : séparation
→ ψυχή, ψυχῆς : âme
→ σῶματος, σώματος : corps

8. Ὥσπερ χυμὸς ὁ μὲν γλυκὺς ὁ δὲ πικρός, οὕτω καὶ ὀσμαί. (Aristote, De l’Âme, 421a)
→ χυμός, χυμοῦ : saveur
→ ὀσμή, ὀσμῆς : odeur

9. Ἔστι δὲ ἡ ψυχὴ τοῦ ζῶντος σώματος αἰτία καὶ ἀρχή. (Aristote, De l’Âme, 415b)
→ αἰτία, αἰτίας : cause
→ ἀρχή, ἀρχῆς : principe

10. Πάντα γὰρ τὰ φυσικὰ σώματα τῆς ψυχῆς ὄργανα. (ibid.)
→ ὄργανον, ου : instrument

Traductions

1. Mot à mot : « De toutes choses mesure est (l’)homme. »
L’homme est la mesure de toutes choses (phrase-clé du relativisme).

2. Un seul buisson ne nourrit pas deux rouges-gorges.

3. Un seul buisson ne nourrit pas deux rouges-gorges.

4. Que l’ami parte avec l’ennemi.
C’est-à-dire : l’ami peut mourir, pourvu que l’ennemi soit tué.

5. Mot à mot : « Tombeau certains disent lui (αὐτὸ = le corps) être de l’âme. »
On dit qu’il est le tombeau de l’âme.

Noter déjà cet emploi de αὐτό : lui, elle, eux, (pronom personnel de 3e personne). On le retrouve dans les dérivés français «automate», «autonome», etc., formés à partir d’un autre emploi de ce mot (pronom-déterminant exprimant l’insistance : même, (de) lui-même). Troisième et dernier emploi : ὁ αὐτός « le même ».

6. Mot à mot : « Φαίνεταί Il semble σοι à toi φιλοσόφου ἀνδρὸς d’un philosophe (ἀνδρὸς homme, ne se traduit pas) εἶναι être ἐσπουδακέναι de se préoccuper περὶ au sujet τὰς ἡδονὰς καλουμένας des plaisirs appelés (→ de ce qu’on appelle les plaisirs) τὰς τοιάσδε, οἷον ceux tels, comme (→ « comme » suffit) σιτίων (ceux) des aliments καὶ ποτῶν; et des boissons ? »
Te semble-t-il qu’il soit d’un philosophe de rechercher ce qu’on appelle les plaisirs tels que ceux de la nourriture et de la boisson ?

7. Mot à mot : « Οὐκοῦν (adverbe interrogatif) n’est-il pas vrai que τοῦτό ceci γε vraiment ὀνομάζεται est appelé θάνατος mort, λύσις (la) dissolution καὶ et χωρισμὸς séparation ψυχῆς de l’âme ἀπὸ σώματος ; d’avec le corps ? »

8. Mot à mot : « Ὥσπερ de même que χυμὸς une saveur (est) ὁ μὲν l’une γλυκὺς sucrée ὁ δὲ l’autre πικρός amère, οὕτω ainsi / de même καὶ aussi ὀσμαί les odeurs.
→ De même qu’une saveur est soit sucrée, soit amère, de même les odeurs.
ὁ μὲν… ὁ δέ... : coordination μέν... δέ... (d’un côté / de l’autre), avec l’article. → l’un… l’autre, l’une… l’autre.

9. Mot à mot : Ἔστι est ἡ ψυχὴ l’âme τοῦ ζῶντος de l’être vivant / de l’animal σώματος du corps αἰτία cause καὶ ἀρχή et principe.
→ L’âme est cause et principe du corps de l’être animé. L’âme explique le mouvement des corps qui se meuvent par eux-mêmes, sans cause extérieure.

10. « Tous les corps naturels en effet sont les instruments de l’âme. » Le verbe être est sous-entendu. Perspective inverse de celle de la phrase précédente.

Même exercice sur cet extrait d’un dialogue de Platon. Le personnage de Timée décrit le corps humain, montrant que les dieux l’ont confectionné selon les meilleurs principes. Il parle ici de la bouche, στόμα.

Tὴν δὲ δὴ τοῦ στόματος ἡμῶν δύναμιν ὀδοῦσιν καὶ γλώττῃ καὶ χείλεσιν ἕνεκα τῶν ἀναγκαίων καὶ τῶν ἀρίστων διεκόσμησαν οἱ διακοσμοῦντες ᾗ νῦν διατέτακται, τὴν μὲν εἴσοδον τῶν ἀναγκαίων μηχανώμενοι χάριν, τὴν δ᾽ ἔξοδον τῶν ἀρίστων· ἀναγκαῖον μὲν γὰρ πᾶν ὅσον εἰσέρχεται τροφὴν διδὸν τῷ σώματι, τὸ δὲ λόγων νᾶμα ἔξω ῥέον καὶ ὑπηρετοῦν φρονήσει κάλλιστον καὶ ἄριστον πάντων ναμάτων. (Platon, Timée, 75d-e)
→ δύναμις, δύναμεως (désinence ος au génitif singulier, voir ci-dessus) : puissance, faculté, d’où ici « fonction »
→ γλώττη, γλώττης : langue
→ ἀναγκαῖον, ἀναγκαίου : nécessité, chose nécessaire
→ ἄριστος, ἀρίστου : très bon, excellent, τὸ ἄριστον le meilleur
→ εἴσοδος, εἰσόδου : entrée
→ ἔξοδος, ἐξόδου : sortie
→ τροφή, τροφῆς : nourriture
→ νᾶμα, νάματος : courant

Traduction d’Émile Chambry : « Pour l’appareil de la bouche, ses organisateurs le disposèrent, comme il l’est actuellement, avec des dents, une langue et des lèvres, en vue du nécessaire et en vue du bien ; ils imaginèrent l’entrée en vue du premier et la sortie en vue du second. Car tout ce qui entre pour fournir sa nourriture au corps est nécessaire, et le courant de paroles qui sort de nos lèvres pour le service de l’intelligence est le plus beau et le meilleur de tous les courants. »

Analyse des expressions en vert :

→ στόματος (génitif singulier) δύναμιν (accusatif singulier, ce mot étant complément d’objet de διεκόσμησαν « disposèrent ») : « la fonction de la bouche » « l’appareil de la bouche ». Στόμα et δύναμις sont deux mots de la 3e déclinaison : l’un est neutre, l’autre féminin.
→ ὀδοῦσιν καὶ γλώττῃ καὶ χείλεσιν : avec des dents, une bouche et des lèvres. Trois datifs . Ὀδοῦσι(ν) et χείλεσι(ν) (3e déclinaison) sont au datif pluriel. Le ν ajouté à la désinence n’est là que pour le plaisir de l’oreille : on l’appelle euphonique (qui sonne bien) ou éphelcystique. Γλώττῃ (1e déclinaison) est au datif singulier.
→ ἕνεκα τῶν ἀναγκαίων καὶ τῶν ἀρίστων « en vue des (choses) nécessaires et des (choses) nobles ». Les deux mots à analyser sont au génitif pluriel, et ils appartiennent à la 2e déclinaison. La préposition ἕνεκα, « en vue de » ou « à cause de », entraîne un complément au génitif.
→ εἴσοδον : accusatif singulier, 2e déclinaison.
→ Le second ἀναγκαίων est au génitif pluriel, comme le premier, à cause de χάριν, préposition qui a le même sens qu’ἕνεκα et se construit comme lui.
→ ἔξοδον : même analyse que εἴσοδον. Construction en parallèle : les dieux ont disposé « l’entrée en vue des choses nécessaires » (la nourriture et la boisson), et « la sortie (en vue) des choses nobles » (la parole). Τῶν ἀρίστων : même analyse que le ἀναγκαίων.
→ τροφὴν διδὸν τῷ σώματι : « donnant (διδὸν) la nourriture (τροφὴν) au corps (τῷ σώματι) ». Τροφὴν : accusatif singulier (1e déclinaison). Σώματι : datif singulier (3e déclinaison).
→ τὸ λόγων νᾶμα : « le courant de paroles ». Νᾶμα : nominatif singulier (3e déclinaison). Λόγων : génitif pluriel (2e déclinaison).
→ ναμάτων : « courants », c’est νᾶμα au génitif pluriel.

Pour apprendre plus facilement les 3 déclinaisons, retenir dès maintenant les mots suivants et leur génitif singulier :

- 1e déclinaison :
ψυχή, génitif ψυχῆς âme
αἰτία, génitif αἰτίας cause

- 2e déclinaison :
φίλος, génitif φίλου ami
ὄργανον, génitif ὀργάνου instrument

- 3e déclinaison :
πῦρ, génitif πυρός feu
σῆμα, génitif σήματος signe, tombeau

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