Grec. Point 4 : les verbes et l'indicatif présent (voix active)

Le point de départ est le « thème » : c’est « ce qui est posé » (θῆμα) au départ. C’est la base, que l’on reprend avec des variations, comme un thème musical. Un verbe grec possède en réalité trois thèmes :
- le thème du présent,
- le thème de l’aoriste (mot grec qui veut dire « non délimité »)
- et le thème du parfait (mot latin qui veut dire « accompli »)
Ces trois thèmes sont les trois bases temporelles, ou les trois aspects d’un état ou d’une action :
- « Le présent prend en compte la réalisation complète du procès [= processus] et peut exprimer durée, continuité, effort, répétition » (J. de Romilly) Exemple : « être en fuite », φεύγειν (thème φευγε-). Le présent grec se traduit généralement par un présent français.
- « L’aoriste exprime l’idée verbale nue, c’est-à-dire indépendamment de la réalisation concrète de l’action et sans aucune considération de durée. » (id.) Exemple : « fuir » (action considérée de manière abstraite) ou « prendre la fuite », φυγεῖν (thème φυγε-).
- Le parfait « exprime le résultat présent et définitivement acquis d’une action passée ». Exemple : « avoir fui » (donc être hors de danger), πεφευγέναι (thème πεφευγε-).

Ce système archaïque privilégie ce que les grammairiens appellent « l’aspect », plutôt que la chronologie. Il est différent du nôtre, qui situe les temps verbaux sur une ligne temporelle.
Les autres temps (imparfait, futur, plus-que-parfait et futur du parfait, très rare) s’agrègent sur ces trois temps principaux, dont ils ne sont, en quelque sorte, que des variantes.

Le thème est constitué du radical auquel s’ajoute, pour un grand nombre de verbes, une voyelle qu’on appelle voyelle thématique : voyelle qui fait partie du thème. Cette voyelle est soit ο, soit ε. Par exemple : βαίνο-μεν, « nous marchons ».
Au thème s’ajoute une désinence, qui nous renseigne sur la personne, le temps et la voix : dans βαίνομεν, la désinence est -μεν (en français -ons).

Exemple de verbe sans voyelle thématique : ὄμνυ-μεν, « nous jurons ». Le thème se réduit au radical.

Pour commencer, il faut apprendre la conjugaison des deux verbes suivants, au présent (voix active) : l’un comporte une voyelle thématique, l’autre non. La voyelle thématique est ο (1e personne du singulier, 2e et 3e personnes du pluriel) ou ε (aux autres personnes). Cette voyelle et la désinence se mélangent, sauf à la 1e et à la 2e personne du pluriel (ο-μεν, ε-τε).

1e personne du singulier βαίνω ὄμνυμι
2e p. sing. βαίνεις ὄμνυς
3e p. sing. βαίνει ὄμνυσι
1e p. pluriel βαίνομεν ὄμνυμεν
2e p. plur. βαίνετε ὄμνυτε
3e p. plur. βαίνουσι ὄμνυασι


Les voix

Il y a trois voix en grec, et non deux comme en français.
- la voix active : le sujet fait l’action.
- la voix passive : le sujet subit l’action.
- la voix moyenne : « elle dénote une implication intense du sujet dans l’action, si bien que certains verbes sont toujours au moyen, comme le verbe qui signifie "vouloir" (βούλομαι) ou celui qui signifie "devenir" (γίγνομαι) ou αἰσθάνομαι ("percevoir, se rendre compte, sentir") ou encore δέχομαι ("recevoir, accueillir"), tous verbes pour lesquels l’engagement du sujet dans l’action est incontestable. » (J. de Romilly)

En dehors du futur et de l’aoriste, la voix moyenne se conjugue comme la voix passive ; seule la signification est différente. Le sens d’un verbe au moyen est tantôt plus proche de l’actif, tantôt plus proche du passif : c’est pourquoi cette voix s’appelle « moyenne ». Il arrive même que le verbe change d’acception : ainsi, πείθω à la voix active signifie « persuader », et à la voix moyenne « obéir ».

Les modes

Nous apprenons pour commencer à conjuguer l’indicatif présent. À l’indicatif, un verbe désigne un état ou un fait réels. En grec, cela se dit ὁριστική, « qui sert à délimiter » (ὁ ὅρος « la borne »).

Les autres modes sont :
- l’impératif : le verbe exprime alors un ordre, une invitation ou une prière.
- le subjonctif : le verbe exprime un projet ou désigne quelque chose qui va certainement se produire. En grec, on dit ὑποτακτική (« postérieur », « qui s’ensuit »), en anglais postpositive.
- l’optatif exprime une possibilité, du latin souhaiter ou choisir. En grec, ce mode s’appelle εὐκτική (« exprimant un souhait »).

Il faut ajouter bien sûr les modes impersonnels que sont l’infinitif et le participe.

Les désinences au présent de l’indicatif

Un tour d’horizon des désinences est utile pour commencer ; il suffit de les observer. L’assimilation des conjugaisons en sera facilitée.

Voix active
Voix moyenne ou passive
verbes avec voyelle thématique verbes sans voyelle thématique Tous les verbes
1e personne du singulier ω μι (ο)μαι
2e p. sing. εις ς (ε)σαι
3e p. sing. ει σι (ε)ται
1e personne du pluriel ομεν μεν (ο)μεθα
2e p. plur. ετε τε (ε)σθε
3e p. plur. ουσι ασι (ο)νται


Note : ces désinences sont dites « primaires » : on les retrouve au futur et au parfait. Les désinences « secondaires » s’emploient aux temps du passé : imparfait, aoriste et plus-que-parfait.

Conjuguer un verbe au présent (voix active)

Une fois que tout ce qui précède est bien compris, on peut apprendre la conjugaison du présent, en tenant compte des distinctions suivantes :
- certains verbes possèdent une voyelle thématique, d’autres non ;
- ces deux catégories se divisent à leur tour en deux : les verbes dont le radical se termine par une voyelle, et ceux dont le radical se termine par une consonne. Dans ce cadre, υ et ι doivent être considérés comme des consonnes.

Les tirets, ci-dessous, servent à séparer le radical, la voyelle thématique et la désinence.
Sens des mots : βαίνομεν « nous marchons », ποιέομεν « nous faisons », δείκνυμεν « nous montrons », ἵσταμεν « nous plaçons ».

avec voyelle thématique avec voyelle thématique
radical en consonne + υ, ι ex. : βαίν-ο-μεν ex. : δείκνυ-μεν
radical en voyelle (α, ε, ο) ex. : ποιέ-ο-μεν ex. : ἵστα-μεν


1. Verbes avec voyelle thématique

Bien retenir la voyelle thématique : 1e personne du singulier ο, 2e ε, 3e ε, 1e personne du pluriel ο, 2e ε, 3e ο. → ο, ε, ε, ο, ε, ο : à connaître par cœur.

Chez les verbes dont le radical se termine par une voyelle, cette voyelle se « contracte » avec la voyelle thématique : on les appelle donc souvent « verbes contractes ».

La forme non contractée, donnée entre parenthèses, n’est pas la forme usuelle.
Les contractions obéissent à des règles : voir le tableau plus bas.
Sens des mots : πέμπω « envoyer », « accompagner » - (τιμάω) τιμῶ « honorer » -(χωρέω) χωρῶ « avancer » - (δηλόω) δηλῶ « montrer »

Il est possible de n’apprendre, dans un premier temps, que la conjugaison de πέμπω, et de bien observer les verbes contractes pour pouvoir les reconnaître par la suite.

radical en consonne radical en voyelle α radical en voyelle ε radical en voyelle ο
πέμπω (τιμάω) τιμῶ (χωρέω) χωρῶ (δηλόω) δηλῶ
πέμπεις (-εις) τιμᾷς (-εις) χωρεῖς (-εις) δηλοῖς
πέμπει (-ει) τιμᾷ (-ει) χωρεῖ (-ει) δηλοῖ
πέμπομεν (-ομεν) τιμῶμεν (-ομεν) χωροῦμεν (-ομεν) δηλοῦμεν
πέμπετε (-ετε) τιμᾶτε (-ετε) χωρεῖτε (-ετε) δηλοῦτε
πέμπουσι (-ουσι) τιμῶσι (-ουσι) χωροῦσι (-ουσι) δηλοῦσι


À la 3e personne du pluriel, on utilise souvent un ν dit « euphonique », pour l’oreille : πέμπουσιν, τιμῶσιν, χωροῦσιν, δηλοῦσιν.

contractions (à observer)
voyelle ε voyelle α voyelle o
εω → ω αω → ω οω → ω
εο → ου αο → ω οο → ου
εου → ου αου → ω οου → ου
εε → ει αε → α οε → ου
εει → ει αει → ᾳ οει → οι


2. Verbes sans voyelle thématique

Sans voyelle thématique, c’est plus simple : il n’y a plus de contractions. Seule exception : la 3e personne du pluriel de ἵστημι, φημι et ἵημι : ἱστᾶσι, φασι et ἱᾶσι (ε + α = α). Aux autres personnes, ἵημι se conjugue comme τίθημι.

Une singularité à noter, chez les radicaux en voyelle : cette voyelle est longue au singulier (η, η, ω) et brève au pluriel (α, ε, ο).

Sens des mots ci-dessous : ὄλλυμι « détruire », ἵστημι « placer », τίθημι « poser », δίδωμι « donner », εἰμι « être », εἶμι « aller », φημι « dire ».

Verbes réguliers
ὄλλυμι ἵστημι τίθημι δίδωμι
ὄλλυς ἵστης τίθης δίδως
ὄλλυσι ἵστησι τίθησι δίδωσι
ὄλλυμεν ἵσταμεν τίθεμεν δίδομεν
ὄλλυτε ἵστατε τίθετε δίδοτε
ὄλλυασι ἱστᾶσι τιθέασι διδόασι


Verbes irréguliers
εἰμι (être) εἶμι (aller) φημι
εἶ εἶ φῄς
ἐστι εἶσι φησι
ἐσμεν ἴμεν φαμεν
ἐστε ἴτε φατε
εἰσι ἴασι φασι


Une singularité à noter : l’absence d’accent dans la conjugaison de εἰμι et de φημι, sauf à la 2e personne du singulier.
À la 3e personne du pluriel, on utilise souvent un ν dit « euphonique » : voir plus haut. Ὀλλύασιν, ἱστᾶσιν, etc.

Conjuguer (voir corrigé en bas de page)

εἰμι - ἵστημι - βάλλω lancer - (οἰκέω) οἰκῶ habiter - τίθημι - φέρω porter - (δοκέω) δοκῶ sembler - φημι dire - (ἀλλοιόω) ἀλλοιῶ modifier - εἶμι - (πειράω) πειρῶ essayer - (ποιέω) ποιῶ faire, composer - σθένω être fort - (ὁράω) ὁρῶ voir - ἔχω avoir - ἀγορεύω parler - (ἐάω) ἐῶ laisser, permettre

Dans les citations suivantes, trouver et analyser les verbes au présent de la voix active.

1. Ὅπου βία πάρεστιν, οὐ σθένει νόμος. (R. Tosi, Sentences latines et grecques, p. 627)
«Ὅπου (Là) où βία la force πάρεστιν est présente, οὐ σθένει n’est pas forte νόμος la loi. »

2. Reproche des Méliens aux Athéniens, qui les ont vaincus : Τοὺς πολεμίους μεγαλύνετε. (Thucydide, V. 98, « dialogue mélien »)
« Τοὺς πολεμίους Les (vos) ennemis, μεγαλύνετε vous les grandissez. » Les Athéniens « grandissent » leurs ennemis et les renforcent en raison de leur arrogance.

3. Le vin : Εἰ τις αὐτὸν πίνει ἐπισταμένως, οὐ κακὸν ἀλλ´ ἀγαθόν. (Théognis, cité par Galien, Que les mœurs de l’âme sont la conséquence des tempéraments du corps, 3)
« Εἰ Si τις quelqu’un αὐτὸν πίνει le boit (→ en boit) ἐπισταμένως avec discernement (ἐπίσταμαι savoir), οὐ κακὸν (ce n’est) pas (un) mal ἀλλ´ = ἀλλά mais ἀγαθόν (un) bien. »

4. Πολλὴν καὶ μεγάλην, μᾶλλον δὲ πᾶσαν δύναμιν ἔχει συλλήβδην ὁ πᾶς Ἔρως. (Platon, Banquet, 188d)
« Πολλὴν considérable καὶ μεγάλην et grande, μᾶλλον δὲ et plutôt πᾶσαν toute δύναμιν puissance ἔχει a συλλήβδην pour le dire en un mot (bref) ὁ πᾶς Ἔρως l’Amour tout entier. » → « L’Amour tout entier a un pouvoir considérable, important ; et plus encore, tout le pouvoir, pour le dire en un mot. »

5. L’amour. Ψυχῆς τὸ μανικώτατον πάθος καὶ μέγιστον ἱερὸν καὶ θεῖον ἔνιοι προσαγορεύουσιν. (Plutarque, Sur l’amour, 12)
« Ψυχῆς de l’âme τὸ μανικώτατον πάθος la passion la plus folle καὶ μέγιστον et la plus grande ἱερὸν sainte καὶ θεῖον et divine ἔνιοι quelques-uns προσαγορεύουσιν (l’) appellent. »

6. Τοῖς ὑγιεινοῖς καὶ ὠφελίμοις ἡ φύσις ἡδονὴν ἄλυπον καὶ ἀμεταμέλητον προστίθησιν. (Plutarque, Préceptes d’hygiène, 26)
« Τοῖς ὑγιεινοῖς aux (choses) saines καὶ ὠφελίμοις et utiles ἡ φύσις la nature προστίθησι(ν) ajoute ἡδονὴν ἄλυπον un plaisir dénué de souffrance καὶ ἀμεταμέλητον et dénué de remords. » Τοῖς ὑγιεινοῖς καὶ ὠφελίμοις, complément d’attribution de προστίθησι(ν) : aux choses saines et utiles, c’est-à-dire aux usages, aux comportements…

Ὑγιεινός et ὠφέλιμος sont des adjectifs qui sont ici « substantivés », c’est-à-dire employés comme noms. Au génitif et au datif, le masculin et le neutre sont identiques (ὑγιεινοῦ, ὑγιεινῷ, ὑγιεινῶν, ὑγιεινοῖς) : il faut donc se demander s’il s’agit de personnes ou de choses.

7. Τοῦ αἵματος κένωσις καὶ ἡ τοῦ κωνείου πόσις καταψύχουσι τὸ σῶμα. (Galien, Que les mœurs de l’âme sont la conséquence des tempéraments du corps, 3)
« Τοῦ αἵματος de sang κένωσις la perte (κενόω-κενῶ : vider, voir le concept théologique de « kénose », mais aussi « cénotaphe ») καὶ et ἡ τοῦ κωνείου πόσις la consommation de ciguë καταψύχουσι refroidissent τὸ σῶμα le corps. »

8. Ἣ γλυκύτης πάθος τι κατὰ τὴν γεῦσιν ἐμποιεῖ. (Aristote, Catégories, 8, 9b5)
« Ἣ γλυκύτης la douceur πάθος τι une sensation κατὰ τὴν γεῦσιν au niveau du goût ἐμποιεῖ produit. »

Noter τις (masculin et féminin), τι (neutre) : « un », « quelque », « quelqu’un ». C’est un pronom-déterminant indéfini.

9. Ἀστεῖον γε, ἦ δ’ ὅς, ὅτι ἐρυθριᾷς, ὦ Ἱππόθαλες. (Platon, Lysis, 204c)
« Ἀστεῖον (c’est) gracieux γε, oui, ἦ δ’ ὅς dit-il très courant dans les dialogues de Platon : voir aussi ἦν δ’ἐγώ « dis-je »), ὅτι que ἐρυθριᾷς tu rougisses, ὦ Ἱππόθαλες, Hippothalès. »

10. Critobule aime Clinias. Ἄχθομαι καὶ νυκτὶ καὶ ὕπνῳ ὅτι ἐκεῖνον οὐχ ὁρῶ. (Xénophon, Banquet, IV, 12)
« Ἄχθομαι Je souffre καὶ νυκτὶ et (dans la) nuit καὶ ὕπνῳ et (dans le) sommeil ὅτι parce ἐκεῖνον celui-ci (= Clinias) οὐχ ὁρῶ je ne (le) vois pas. »

11. Même sujet. Ἡ μὲν αὐτοῦ ὄψις εὐφραίνειν δύναται, ἡ δὲ τοῦ εἰδώλου τέρψιν μὲν οὐ παρέχει, πόθον δὲ ἐμποιεῖ. (ibid., IV, 22)
Ἡ μὲν ὄψις la vue αὐτοῦ de lui → le fait de le voir δύναται peut εὐφραίνειν (me) réjouir, δὲ tandis que ἡ (ὄψις) la vue τοῦ εἰδώλου d’une image (de lui) μὲν non seulement οὐ παρέχει ne produit pas τέρψιν de plaisir, δὲ mais ἐμποιεῖ suscite πόθον de la peine.

Autres citations :

Οὐ γὰρ ἅπασαι, κατὰ τὸν Ἡσίοδον, ἐπιφοιτῶσιν αἱ νόσοι σιγῇ, […] ἀλλ´ αἱ πλεῖσται καθάπερ προαγγέλους καὶ προδρόμους καὶ κήρυκας ἔχουσιν ἀπεψίας καὶ δυσκινησίας. (Plutarque, Préceptes d’hygiène, 11)
« En effet, αἱ νόσοι les maladies οὐκ ἅπασαι ἐπιφοιτῶσιν ne viennent pas absolument toutes, , κατὰ τὸν Ἡσίοδον, selon Hésiode, σιγῇ en silence, ἀλλὰ αἱ πλεῖσται mais les plus nombreuses (→ la plupart) ἔχουσιν ont καθάπερ comme (→ pour) προαγγέλους messagers, καὶ προδρόμους coureurs καὶ κήρυκας et hérauts ἀπεψίας des difficultés à respirer καὶ δυσκινησίας et à se mouvoir. »
Ἅπας, ἅπασα, ἅπαν « absolument tout » est un composé de πᾶς, πᾶσα, πᾶν « tout » (3e classe des adjectifs).
Hésiode est l’auteur de la Théogonie et des Travaux et les jours.
(ἐπι)φοιτάω-ῶ fréquenter
ἡ νόσος la maladie, mot féminin de la 2e déclinaison. Voir « nosocomial » : νοσοκομία « soins qu’on donne à un malade », de νόσος et (κομέω) κομῶ soigner. Une maladie nosocomiale est une maladie qu’on attrape à l’hôpital.
προάγγελος composé de πρό avant et ἄγγελος messager. Ἀγγέλλω annoncer.
Ὁ πρόδρομος celui qui court devant (racine δρομ), en français « prodrome », signe avant-coureur.
Ὁ κῆρυξ, gén. κήρυκος (3e décl.) le héraut.
ἡ δυσκινησία : composé de la racine κινε- (κινέω-ῶ mouvoir, κίνησις mouvement) avec préfixe δυς (français dys-).

L’amour est une folie. Τὴν δ´ ἐρωτικὴν μανίαν […] οὐ μοῦσά τις, οὐκ « ἐπῳδὴ θελκτήριος », οὐ τόπου μεταβολὴ καθίστησιν· ἀλλὰ καὶ παρόντες ἐρῶσι καὶ ἀπόντες ποθοῦσι καὶ μεθ´ ἡμέραν διώκουσι καὶ νύκτωρ θυραυλοῦσι καὶ νήφοντες καλοῦσι τοὺς καλοὺς καὶ πίνοντες ᾄδουσι. (Plutarque, Sur l’amour, 16)
« Τὴν δ´ ἐρωτικὴν μανίαν la folie amoureuse οὐ τις pas un → aucun μοῦσά art, οὐκ pas → ni « ἐπῳδὴ θελκτήριος » « incantation magique », οὐ τόπου μεταβολὴ ni changement de lieu καθίστησιν (ne l’) arrêtent· ἀλλὰ καὶ mais en outre παρόντες étant présents (→ étant ensemble) ἐρῶσι ils sont en proie au désir καὶ ἀπόντες et étant absents ποθοῦσι ils souffrent, καὶ μεθ´ ἡμέραν le jour διώκουσι ils poursuivent (leur amant) καὶ νύκτωρ et la nuit θυραυλοῦσι ils restent à leur porte, καὶ νήφοντες à jeûn καλοῦσι ils appellent τοὺς καλοὺς les beaux garçons καὶ πίνοντες et avinés ᾄδουσι ils composent des chansons. »
ὁ τόπος le lieu : français toponymie, topographie…
καθίστησιν accord dit « de proximité », c’est-à-dire avec le dernier sujet exprimé.
παρόντες et ἀπόντες : participes de πάρειμι être présent et ἄπειμι être absent, composés de εἰμι être avec les préverbes παρα- et ἀπο-.
(ἐράω) ἐρῶ aimer, désirer
ποθοῦσι regretter
νήφω ne pas boire, πίνω boire.
ᾄδω chanter (contraction de ἀείδω) : voir ὁ ἀοιδός la chanter, l’« aède » et ἡ ᾠδή le chant.

Ulysse cherche une trace de la présence de Philoctète sur l’île où les Grecs l’ont abandonné :
Ὁρῶ κενὴν οἴκησιν ἀνθρώπων δίχα.
[…] Ἁνὴρ κατοικεῖ τούσδε τοὺς τόπους σαφῶς,
κἄστ’ οὐχ ἑκάς που. (Sophocle, Philoctète, v. 31 et 40-41)
« Ὁρῶ je voix κενὴν οἴκησιν un abri vide ἀνθρώπων δίχα sans hommes. Ἁνὴρ l’homme (= Philoctète) κατοικεῖ habite τούσδε τοὺς τόπους ces lieux σαφῶς de toute évidence, κἄστ’ et il est που quelque part οὐχ ἑκάς pas loin. (Sophocle, Philoctète, v. 31 et 40-41)
κενός vide : voir céno-taphe, « tombeau vide »
δίχα et le génitif : « sans ».
κἄστ’ crase (mélange) et élision de καί ἐστι.

Correction des conjugaisons

εἰμι (être), εἶ, ἐστι, ἐσμεν, ἐστε, εἰσι
ἵστημι, ἵστης, ἵστησι, ἵσταμεν, ἵστατε, ἱστᾶσι (3e personne : contraction de ἱστά-ασι)
βάλλω, βάλλεις, βάλλει, βάλλομεν, βάλλετε, βάλλουσι
οἰκῶ, οἰκεῖς, οἰκεῖ, οἰκοῦμεν, οἰκεῖτε, οἰκοῦσι
τίθημι, τίθης, τίθησι, τίθεμεν, τίθετε, τιθέασι
φέρω, φέρεις, φέρει, φέρομεν, φέρετε, φέρουσι
δοκῶ, δοκεῖς, δοκεῖ, δοκοῦμεν, δοκεῖτε, δοκοῦσι
φημι, φῄς, φησι, φαμεν, φατε, φασι
ἀλλοιῶ, ἀλλοιοῖς, ἀλλοιοῖ, ἀλλοιοῦμεν, ἀλλοιοῦτε, ἀλλοιοῦσι
εἶμι (aller), εἶ, εἶσι, ἴμεν, ἴτε, ἴασι

Profiter de cet exercice pour…
- … retenir que la 2e pers. du sg. d’εἶμι « aller » identique à celle d’εἰμι « être »
- … comparer leurs conjugaisons respectives, et les comparer à leur tour avec celle de ἵημι « laisser », « envoyer », qui se conjugue comme τίθημι sauf à la 3e pers. du pl. : ἵημι, ἵης, ἵησι, ἵεμεν, ἵετε, ἱᾶσι (3e pl. contractée comme pour ἵστημι)
- … retenir que εἶμι « aller » sert de futur à ἔρχομαι : εἶμι, εἶ, εἶσι… se traduit donc pas « j’irai, tu iras, il ira… »

πειρῶ, πειρᾷς, πειρᾷ, πειρῶμεν, πειρᾶτε, πειρῶσι
ποιῶ, ποιεῖς, ποιεῖ, ποιοῦμεν, ποιεῖτε, ποιοῦσι
σθένω, σθένεις, σθένει, σθένομεν, σθένετε, σθένουσι
ὁρῶ, ὁρᾷς, ὁρᾷ, ὁρῶμεν, ὁρᾶτε, ὁρῶσι
ἔχω, ἔχεις, ἔχει, ἔχομεν, ἔχετε, ἔχουσι

Profiter de cet exercice pour retenir qu’avec un adverbe ἔχω signifie « être ». Καλὸς εἶ, καλῶς ἔχεις : « tu es beau ».

ἀγορεύω, ἀγορεύεις, ἀγορεύει, ἀγορεύομεν, ἀγορεύετε, ἀγορεύουσι
ἐῶ, ἐᾷς, ἐᾷ, ἐῶμεν, ἐᾶτε, ἐῶσι

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