Grec. Point 7 : deuxième déclinaison

Déclinaison des mots en ος (masculin et féminin) et en ον (neutre)

Nous avons vu la déclinaison des mots en α (point 3) ; cette première catégorie de substantifs rassemblait des mots généralement féminins. La déclinaison que voici est surtout composée de mots masculins et neutres. Il s’y trouve des noms féminins, mais ils se déclinent comme les masculins : il faut seulement prêter attention aux adjectifs et déterminants, qui s’accordent au féminin : καλ ὁδός, « le beau chemin ». Comme les masculins de la première déclinaison, ce sont des mots hybrides.

La deuxième déclinaison est dite « thématique », parce qu’entre le radical et la désinence se trouve une voyelle « thématique », ο ou ε, comme pour les verbes en -ω (voir ci-dessus, point 4). Comme pour les verbes, d’ailleurs, elle se mélange souvent avec la désinence.

Voici l’exemple d’un mot masculin (ὁ γάμος, « le mariage ») et d’un mot neutre (τὸ βιβλίον, « le livre »).

masculin neutre
N. singulier ὁ γάμος τὸ βιβλίον
V. sing. γάμε βιβλίον
A. sing. τὸν γάμον τὸ βιβλίον
G. sing. τοῦ γάμου τοῦ βιβλίου
D. sing. τῷ γάμ τῷ βιβλί
N. pluriel οἱ γάμοι τὰ βιβλία
V. plur. γάμοι βιβλία
A. plur. τοὺς γάμους τὰ βιβλία
G. plur. τῶν γάμων τῶν βιβλίων
D. plur. τοῖς γάμοις τοῖς βιβλίοις


Règle « τὰ ζῷα τρέχει » (« les animaux courent ») : avec un sujet au neutre pluriel, le verbe reste au singulier. Le neutre pluriel, en effet, est considéré comme un ensemble, une collectivité. J. de Romilly : « Notre époque, où règne un individualisme exacerbé, n’a sans doute rien à perdre à redécouvrir l’existence du collectif ! » Vertu morale de la grammaire ?…

Phrases : relever les mots appartenant à la 2e déclinaison, indiquer leur genre (masculin, féminin ou neutre) et s’entraîner à les décliner en conservant leur nombre (singulier ou pluriel).

1. Οὐ μόνον ἄνθρωποι ἀλλὰ καὶ θεοὶ καὶ ἥρωες τὴν τῆς ψυχῆς φιλίαν περὶ πλείονος ἢ τὴν τοῦ σώματος χρῆσιν ποιοῦνται. (Xénophon, Banquet, VIII, 28)
« Οὐ μόνον non seulement ἄνθρωποι les hommes ἀλλὰ καὶ mais aussi θεοὶ les dieux καὶ ἥρωες et les héros περὶ πλείονος ποιοῦνται prisent davantage τὴν τῆς ψυχῆς φιλίαν l’amour de leur âme ἢ que τὴν τοῦ σώματος χρῆσιν la jouissance de leur corps. »
Les noms ἄνθρωποι, θεοὶ et ἥρωες ne sont déterminés par aucun article, car ils expriment des généralités.
Ὁ ἥρως, gén. ἥρωος « le héros », à ne pas confondre avec ἔρως, gén. ἔρωτος « l’amour ».
Nous traduisons φιλία par « amour », mais ce mot peut désigner toute forme d’attachement ou de lien.
περὶ πολλοῦ ποιεῖσθαι « faire grand cas de », expression idiomatique. Πλείονος comparatif, donc « faire plus grand cas de ». Les compléments sont à l’accusatif (τὴν φιλίαν, τὴν χρῆσιν.
Bien noter la place du complément du nom, entre l’article et le nom : τὴν τῆς ψυχῆς φιλίαν, τὴν τοῦ σώματος χρῆσιν.

2. Sur les propriétaires qui se laissent dominer par leurs défauts. Τοὺς οἴκους κατατρίβουσι καὶ ἀμηχανίαις συνέχονται· δοῦλοι γάρ εἰσι καὶ οὗτοι, ἔφη ὁ Σωκράτης, καὶ πάνυ γε χαλεπῶν δεσποτῶν, οἱ μὲν λιχνειῶν, οἱ δὲ λαγνειῶν, οἱ δὲ οἰνοφλυγιῶν, οἱ δὲ φιλοτιμιῶν τινων μώρων καὶ δαπανηρῶν, ἃ χαλεπῶς ἄρχει τῶν ἀνθρώπων. (Xénophon, Économique, I, 21)
« Τοὺς οἴκους κατατρίβουσι ils ruinent leur(s) propriété(s) καὶ ἀμηχανίαις par leur impuissance συνέχονται· ils sont accablés ; δοῦλοι γάρ εἰσι ils sont en effet esclaves καὶ οὗτοι eux aussi, ἔφη dit ὁ Σωκράτης Socrate, καὶ δεσποτῶν et (esclaves) de maîtres πάνυ γε χαλεπῶν très durs assurément, οἱ μὲν les uns λιχνειῶν (esclaves) de (la) gourmandise, οἱ δὲ d’autres λαγνειῶν (esclaves) du libertinage, οἱ δὲ d’autres οἰνοφλυγιῶν de l’ivrognerie, οἱ δὲ et d’autres (enfin) φιλοτιμιῶν τινων μώρων d’une ambition insensée καὶ δαπανηρῶν et prodigue, ἃ (choses) qui χαλεπῶς durement ἄρχει dominent τῶν ἀνθρώπων les hommes. »
L’ἀμηχανία est l’absence de μηχανή, c’est-à-dire de moyens, d’expédients.
συνέχω presser, tenir, oppresser, accabler.
ἡ λιχνεία la gourmandise, ἡ λαγνεία le libertinage, ἡ οἰνοφλυγία l’ivrognerie (ὁ οἶνος la vin, et φλύω couler en abondance, voir latin fluo), ἡ φιλοτιμία l’amour des honneurs, l’ambition (ἡ τιμή l’honneur, τιμάω-τιμῶ honorer), μῶρος fou, insensé, δαπανηρός, ά, όν dépensier, prodigue (ἡ δαπάνη la dépense, δαπανάω-δαπανῶ dépenser)
Ὅς, ἥ, ὄ est le pronom relatif ; ici, ἅ, au neutre pluriel.
Le suffixe -ῶς sert à former les adverbes de manière : χαλεπός difficile, dur → χαλεπῶς difficilement, durement.
ἄρχω commander, dominer, avec complément au génitif.

3. Ischomaque reproche à sa femme de se maquiller. Ὥσπερ οἱ θεοὶ ἐποίησαν ἵπποις μὲν ἵππους, βουσὶ δὲ βοῦς ἥδιστον, προβάτοις δὲ πρόβατα, οὕτω καὶ οἱ ἄνθρωποι ἀνθρώπου σῶμα καθαρὸν οἴονται ἥδιστον εἶναι. (Xénophon, Économique, X, 7)
« Ὥσπερ De même que οἱ θεοὶ les dieux ἐποίησαν firent ἵπποις μὲν aux chevaux ἵππους les juments ἥδιστον très agréables, βουσί aux taureaux δὲ βοῦς les vaches, προβάτοις δὲ et aux béliers πρόβατα les brebis, οὕτω de même καί aussi οἱ ἄνθρωποι les hommes οἴονται pensent que ἀνθρώπου σῶμα le corps de l’homme καθαρὸν pur (→ sans maquillage) ἥδιστον εἶναι est très agréable. »
ἐποίησαν aoriste, traduit par un passé simple (voir plus loin).
ἵππος et βοῦς peuvent être masculins (cheval / bœuf) ou féminins (jument / génisse). Le neutre τὸ πρόβατον peut signifier « bélier » ou « brebis » selon le contexte.
ἥδιστον l’attribut du sujet ou du complément d’objet se met couramment au neutre singulier en grec. Ἥδιστον est le superlatif de ἥδυς doux, agréable.

4. Dialogue entre Socrate et une hétaïre. « Καὶ ποῖα, ἔφη, ἐγὼ δίκτυα ἔχω;» «Ἓν μὲν δήπου», ἔφη, «καὶ μάλα εὖ περιπλεκόμενον, τὸ σῶμα. » (Xénophon, Mémorables, III, xi, 10)
« "Καὶ ἐγὼ et moi, ἔφη dit-elle, ποῖα δίκτυα quels filets ἔχω je possède;" "Ἓν Un seul δήπου sans doute", ἔφη répondit-il, "καὶ μάλα εὖ et très bien πειπλεκόμενον ficelé, τὸ σῶμα le corps." »
ποῖος, α, ον ; « quel ? »
εἷς, féminin μία, neutre ἕν : « un (seul) ». Attention aux confusions avec les prépositions εἰς et ἐν « dans ».
περιπλέκω enlacer, embrouiller (de πλέκω tresser)

5. Ὅτι ἀρεστοί σοί εἰσιν οἱ φίλοι, οἶδ’ ὅτι οὐ λόγῳ ἀλλ’ ἔργῳ ἀναπείθεις. (ibid.)
« Ὅτι Parce que ἀρεστοί εἰσιν sont excellents σοί οἱ φίλοι les amants à toi (→ tes amants), οἶδ’ ὅτι je sais que οὐ λόγῳ (ce n’est) pas par la parole ἀλλ’ ἔργῳ mais par l’action ἀναπείθεις que tu (les) séduis. »
Observer les deux sens de la conjonction ὅτι : « que » ou « parce que »
οἶδα « je sais », ce verbe, qui n’existe pas au présent en grec classique, s’emploie au parfait avec un sens présent.
L’opposition λόγος / ἔργον est un lieu commun de la pensée grecque.
πείθω « persuader ».

6. Les maux qui frappent les hommes à cause de Pandore.
Νοῦσοι δ’ ἀνθρώποισιν ἐφ’ ἡμέρῃ, αἳ δ’ ἐπὶ νυκτὶ
αὐτόματοι φοιτῶσι. (Hésiode, Les Travaux et les jours)
« Νοῦσοι Les maladies φοιτῶσι visitent ἀνθρώποισιν les hommes ἐφ’ ἡμέρῃ de jour, αἳ δ’ les autre ἐπὶ νυκτὶ pendant la nuit αὐτόματοι d’elles-mêmes. »
Νοῦσος = νόσος « maladie », voir point 4.
(φοιτάω) φοιτῶ fréquenter, visiter : voir point 4 également. Complément au datif.
http://anagnosis.org/gnosis/?q=node/50
ἀνθρώποισιν = ἀνθρώποις
Νοῦσος est féminin, ainsi que l’adjectif αὐτόματος qui le qualifie. Αὐτόματος est un adjectif « épicène » : au féminin, il a les mêmes désinences qu’au masculin.

7. Hippolyte vient d’apprendre la passion que Phèdre lui voue.
Ὦ Ζεῦ, τί δὴ κίβδηλον ἀνθρώποις κακὸν
γυναῖκας ἐς φῶς ἡλίου κατῴκισας ; (Euripide, Hippolyte)
« Ὦ Ζεῦ Zeus, τί δὴ pourquoi donc κατῴκισας as-tu imposé ἀνθρώποις aux hommes γυναῖκας les femmes, κακὸν mal κίβδηλον trompeur (ou déloyal) ἐς φῶς dans (→ sous) la lumière ἡλίου du soleil ;
ὁ Ζεύς appartient à la 3e déclinaison.
τις sans accent est un pronom (ou déterminant) indéfini : un, quelque… Avec accent (τίς), c’est un pronom (ou déterminant) interrogatif : qui, quoi, quel… Τί est le neutre, très souvent employé adverbialement : « en quoi », « pourquoi ».
ἡ γυνή (cf. « miso-gyne »), gén. γυναῖκος (cf. « gényco-logie ») : la femme, 3e décl.
τὸ φῶς, gén. φωτός, 3e décl., la lumière : français photon, photographie…
ὁ ἡλίος le soleil : cf. héliotropisme.
κατῴκισας aoriste de κατοικίζω, littéralement « installer ».

8. La sublime Laïs, célèbre hétaïre, a vieilli.
Τῇ Παφίῃ τὸ κάτοπτρον· ἐπεὶ τοίη μὲν ὁρᾶσθαι
οὐκ ἐθέλω. (Platon, poème cité dans l’Anthologie palatine).
« Τῇ Παφίῃ à la Paphienne (épithète d’Aphrodite. Paphos est une cité de Chypre) τὸ κάτοπτρον (j’offre mon) miroir · ἐπεὶ parce que τοίη telle μὲν ὁρᾶσθαι être vue οὐκ ἐθέλω je ne veux pas. (Platon, poème cité dans l’Anthologie palatine).
Ἐθέλω a à peu près le même sens que βούλομαι vouloir.
Ὁρᾶσθαι être vue : sous-entendre « par moi »
Sur l’Anthologie : voir l’article de Philippe Renault sur le site de l’université catholique de Louvain.

9. Julien préfet d’Égypte, lui fait dire également ceci :
Ἀλλὰ σύ μοι, Κυθέρεια, δέχου νεότητος ἑταῖρον
δίσκον, ἐπεὶ μορφὴ σὴ χρόνον οὐ τρομέει. (ibid. )
« Ἀλλὰ mais σύ toi, Κυθέρεια Cythérée (Aphrodite, vénérée à Cythère, île de la mer Égée), δέχου reçois δίσκον le miroir νεότητος ἑταῖρον ami de ma (μοι) jeunesse, ἐπεὶ puisque μορφὴ σὴ ta beauté χρόνον οὐ τρομέει ne craint pas le temps. »
δέχου « reçois », impératif de δέχομαι.
ἡ νεότης la jeunesse
ὁ ἑταῖρος l’ami (voir le féminin ἑταίρα « hétaïre, c’est-à-dire courtisane)
ὁ δίσκος le disque
ἡ μορφή la forme
(τρομέω) τρομῶ craindre

Extrait du Premier Alcibiade, dialogue entre Socrate et Alcibiade :

Σωκράτης. – Εἰ ἄρα τις γέγονεν ἐραστὴς τοῦ Ἀλκιβιάδου σώματος, οὐκ Ἀλκιβιάδου ἄρα ἠράσθη ἀλλά τινος τῶν Ἀλκιβιάδου.
Ἀλκιβιάδης. – Ἀληθῆ λέγεις.
Σωκράτης. – Ὅστις δέ σου τῆς ψυχῆς ἐρᾷ ;
Ἀλκιβιάδης. – Ἀνάγκη φαίνεται ἐκ τοῦ λόγου.
« Εἰ ἄρα si donc τις quelqu’un γέγονεν est ἐραστὴς amoureux τοῦ Ἀλκιβιάδου σώματος du corps d’Alcibiade, οὐκ Ἀλκιβιάδου ἄρα (ce n’est) donc pas Alcibiade ἠράσθη (qu’)il aime ἀλλά mais τινος quelque chose τῶν des (biens) Ἀλκιβιάδου d’Alcibiade (→ « quelque chose qui appartient à Alcibiade »). – Ἀληθῆ λέγεις. – Tu dis vrai. – Ὅστις δέ Mais quelqu’un qui σου ἐρᾷ (t’aime), τῆς ψυχῆς (aime ton) âme ? – Ἀνάγκη φαίνεται il semble nécessaire ἐκ τοῦ λόγου d’après (ton) raisonnement. »

ἄρα conjonction : donc
γέγονεν est (parfait de γίγνομαι, équivaut à ἐστι)
ὁ ἐραστής l’amant, gén. ἐραστοῦ (féminin de la 1e décl., comme λκιβιάδης
ἠράσθη « désire », aoriste de (ἐράομαι) ἐρῶμαι, avec complément au génitif.
τινος τῶν Ἀλκιβιάδου : τῶν est complément de τινος, et Ἀλκιβιάδου complément de τῶν. Τῶν est un article substantivé, « les choses », traduction à adapter.
ἀληθῆ : neutre pluriel d’ ἀληθής, adjectif de la 2e classe (3e déclinaison). Substantivé : « des choses vraies », donc « la vérité ».
ὅστις quelqu’un qui (pronom relatif, à décomposer : ὅς qui / τις quelqu’un)
ὁ λόγος : la parole, le discours, le raisonnement. Ce mot se distingue de ὁ μῦθος la parole ou le récit. Voir Jean-Pierre Vernant, Les Origines de la pensée grecque sur ces deux formes de parole qui sont aussi deux formes de pensée.

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