Grec. Point 8 : adjectifs, pronoms personnels et possessifs

Les adjectifs de la première classe, les pronoms et déterminants possessifs, les pronoms personnels

Les adjectifs se déclinent comme les noms, mais ils peuvent s’employer aux trois genres : masculin, féminin et neutre. Par conséquent, à quel(les) déclinaison(s) nominales empruntent-ils leurs désinences ?
Il faut distinguer trois « classes » d’adjectifs :

1. La 1e classe : ces adjectifs suivent
→ la 1e déclinaison au féminin (modèles οἰκία ou ἀρχή)
→ la 2e déclinaison au masculin (modèle γάμος) et au neutre (modèle βιβλίον).

Exemples : καλός, καλ, καλόν, « beau, belle » ; μακρός, μακρ, μακρόν, « grand ».

2. La 2e classe : ces adjectifs suivent la 3e déclinaison exclusivement. Leur féminin et leur masculin sont identiques.

Exemple : ἀληθής (masc. et fém.), ἀληθές (neutre), « vrai ».

3. La 3e classe : ces adjectifs suivent la 3e déclinaison au masculin et au neutre, et la 1e déclinaison au féminin (noms en α bref : ἀλήθεια ou δόξα).

Exemple : ἡδύς (masc.), ἡδεῖα (fém.), ἡδύ (neutre) « doux ».

Adjectifs verbaux

Un radical verbal auquel on ajoute -τός (fém. ή, neutre όν) devient un adjectif verbal, exprimant la possibilité. Certains de ces adjectifs sont fréquents, comme δυνατός (« possible » ou « capable ») ou θαυμαστός (« admirable »).
Un radical verbal auquel on ajoute –τέος (fém. ά, neutre όν) devient un adjectif verbal, exprimant l’obligation.

Exemples : πρακτός : « qui peut être fait » / πρακτέος : « qui doit être fait ».

La Vertu parle au jeune Héraklès. Eἰ δὲ καὶ τῷ σώματι βούλει δυνατὸς εἶναι, τῇ γνώμῃ ὑπηρετεῖν ἐθιστέον τὸ σῶμα καὶ γυμναστέον σὺν πόνοις καὶ ἱδρῶτι. (Xénophon, Mémorables, II, 1)
ἐθίζω habituer, γυμνάζω exercer.
« Eἰ si βούλει tu veux δυνατὸς εἶναι être puissant καὶ τῷ σώματι aussi par le corps, τὸ σῶμα (ton) corps ἐθιστέον (sous-entendu ἐστι) doit être habitué ὑπηρετεῖν à être soumis τῇ γνώμῃ à la pensée καὶ et γυμναστέον doit être exercé σὺν πόνοις avec les peines καὶ ἱδρῶτι et la sueur. »

Pronoms personnels

  • moi : ἐγώ (voir déclinaison ci-dessous)
  • toi : σύ (voir déclinaison ci-dessous)
  • lui, elle, eux, elles : αὐτός, ή, ό (se décline comme δεινός, à l’exception du neutre singulier en -ο, αὐτό : ce ο est caractéristique de la déclinaison des déterminants et des pronoms : voir l’article τό)
  • nous : ἡμεῖς (voir déclinaison ci-dessous)
  • vous : ὑμεῖς (voir déclinaison ci-dessous)

Déclinaison de ἐγώ, σύ, ἡμεῖς et ὑμεῖς

Pour ἐγώ et σύ, il faut distinguer les formes accentuées (« toniques »), et les formes non accentuées (« atones »). Les premières correspondent à une accentuation sémantique sur la personne désignée. Par exemple : λέγω signifie « je dis », mais ἐγώ λέγω signifie « moi je dis ».
Les formes atones n’existent pas au nominatif, ce qui est logique : la désinence du verbe indique déjà la personne. Le pronom, dans ce cas, ne sert qu’à insister.

ἐγώ moi σύ toi ἡμεῖς nous ὑμεῖς vous
tonique atone tonique atone
ἐγώ
ἐμέ
ἐμοῦ
ἐμοί
-
με
μου
μοι
σύ
σέ
σοῦ
σοῖ
-
σε
σου
σοι
ἡμεῖς
ἡμᾶς
ἡμῶν
ἡμῖν
ὑμεῖς
ὑμᾶς
ὑμῶν
ὑμῖν


Εἰρήνη ὑμῖν (Luc, XXIV, 36. Voir R. Tosi, Sentences latines et grecques, p. 601)

Ce qu’il faut savoir sur αὐτός

- C’est un pronom-déterminant. S’il se décline comme un adjectif de la 1e classe, son neutre singulier (nominatif et accusatif) est αὐτό.

- Il a d’autres emplois que celui de pronom personnel :

1. identité : τὸ αὐτὸ σῶμα « le même corps », τὸ αὐτό « le même » ;
2. insistance : τὸ σῶμα αὐτὸ le corps (lui-)même, pronom (au nominatif) αὐτὸς ἥκω je suis là moi-même, je suis là de ma propre initiative.

Attention donc à la syntaxe de ce mot : c’est elle qui indique son sens.

Déterminants ou pronoms possessifs

  • ἐμός, ή, όν (se décline comme δεινός) mon, ma / mien, mienne
  • σός, σή, σόν (idem) : ton, ta / tien, tienne
  • ἡμέτερος, α, ον (se décline comme λαμπρός) notre / nôtre
  • ὑμέτερος, α, ον (idem) votre / vôtre

Phrases et expressions

1. Τοῦτό ἐστιν τὸ σῶμα μου τὸ ὑπὲρ ὑμῶν διδόμενον• τοῦτο ποιεῖτε εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν. (Luc, XXII, 19)
« Τοῦτο Ceci ἐστιν est τὸ σῶμα μου le corps de moi (→ mon corps) τὸ διδόμενον celui qui est donné ὑπὲρ ὑμῶν pour vous• τοῦτο ποιεῖτε faites cela εἰς τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν pour ma mémoire. »
Τοῦτo pronom démonstratif au neutre (masculine οὗτος, fém. αὕτη)
τὸ σῶμα μου est plus idiomatique que τὸ ἐμὸν σῶμα, mais dans l’expression τὴν ἐμὴν ἀνάμνησιν l’évangéliste emploie le possessif ἐμός.
διδόμενον participe de δίδωμι « donner », à la voix passive.
ποιεῖτε impératif

2. Τὸ αἷμα αὐτοῦ ἐφ’ ἡμᾶς καὶ ἐπὶ τὰ τέκνα ἡμῶν. (Jean, XVII, 25. Voir R. Tosi, Sentences latines et grecques, p. 600, sur la postérité de ce verset)
Τὸ αἷμα αὐτοῦ le sang de lui (→ son sang) ἐφ’ ἡμᾶς (retombe) sur nous καὶ ἐπὶ τὰ τέκνα ἡμῶν et sur les enfants de nous (→ nos enfants).
τὸ τέκνον l’enfant, τίκτω enfanter

3. Hippothalès est amoureux de Lysis. ᾌδει εἰς τὰ παιδικὰ φωνῇ θαυμασίᾳ. (Platon, Lysis, 204d)
« ᾌδει il chante εἰς τὰ παιδικὰ des chansons d’enfant φωνῇ θαυμασίᾳ d’une voix étonnante. » (Platon, Lysis, 204d)
ᾄδω chanter. Le ι souscrit se place à côté du Α majuscule.
La préposition εἰς (« dans vers », « vers », au sens figuré « en vue de ») introduit le sujet des chansons.
θαυμάσιος « étonnant », voir θαυμάζω s’étonner et θαυματουργός le thaumaturge, auteur de miracles.

4. Réponse de Critobule à ses amis, qui le trouvent beau. Καλοὺς καὶ ἀγαθοὺς ὑμᾶς ἄνδρας νομίζω. (Xénophon, Banquet, IV, 10)
« Καλοὺς καὶ ἀγαθοὺς ἄνδρας hommes beaux et bons (→ parfaits) ὑμᾶς νομίζω je vous trouve. »

5. Cependant, il a trouvé plus beau que lui. Ἐγὼ Κλεινίαν ἥδιον μὲν θεῶμαι ἢ τἆλλα πάντα τὰ ἐν ἀνθρώποις καλά. (ibid., IV, 11)
« Ἐγὼ moi Κλεινίαν Clinias θεῶμαι je le regarde ἥδιον plus agréablement (→ avec plus de plaisir) ἢ que τἆλλα (= τὰ ἄλλα) πάντα καλά toutes les autres beautés τὰ ἐν ἀνθρώποις qui sont parmi les hommes. »
Κλεινίας, génitif Κλεινίου (masculin de la 1e déclinaison) : Clinias
ἥδιον neutre de ἡδίων, comparatif de ἡδύς « doux », « agréable » (voir ἡ ἡδονή le plaisir).
(θεάομαι) θεῶμαι voir, regarder, contempler. Voir τὸ θέατρον « le théâtre ».
ἄλλος « autre », ne pas confondre le neutre pluriel ἄλλα avec la conjonction ἀλλά « mais ».
πάντα τὰ καλά : « tout ce qui est beau ». Καλά neutre en grec : il s’agit d’homme et de femmes à la fois. Πᾶς « tout » ne se met pas entre l’article et le nom, ce n’est pas un adjectif mais un déterminant. Ὅλος (« tout », « tout entier », voir « cat-hol-ique ») se construit de la même façon.

6. Critobule répond à Callias, qui a fait l’éloge de la justice. Σὺ, ὦ Καλλία, μέγα φρονεῖς ὅτι δικαιοτέρους δύνασαι ποιεῖν. (ibid., IV, 15)
« Σὺ Toi, ὦ Καλλία, Callias, μέγα φρονεῖς tu t’enorgueillis ὅτι de ce que δύνασαι tu peux ποιεῖν faire (→ rendre) δικαιοτέρους (les gens) plus justes. »
δικαιοτέρους : comparatif de δίκαιος, -α, -ον « juste ».

Le point sur les comparatifs et les superlatifs

Certains adjectifs, comme δίκαιος, ont un comparatif en –τερος (-α, -ον). Δίκαιος « juste », δικαιότερος « plus juste ». Ces adjectifs ont un superlatif en -τατος (-η, -ον) : δικαιότατος très juste, ὁ δικαιότατος « le plus juste ».

D’autres adjectifs ont un comparatif en -ων ou –ιων, qui suit la 3e déclinaison : nous avons vu ἡδύς « agréable », ἡδίων « plus agréable ». Ces adjectifs ont un superlatif en -ιστος (-η, -ον) : δικαιότατος très juste, ὁ δικαιότατος « le plus juste ».

Complément du comparatif

Deux possibilités :

1° la préposition ἤ
Κριτόβουλος δικαιότερός ἐστι ἢ Καλλίας. « Critobule est plus juste que Callias. »

2° le génitif sans préposition.
Εἰμι δικαιότερός σου : « Je suis plus juste que toi. »


7. Critobule a appris de l’amour comment rendre les hommes plus justes. Ἐγὼ πρὸς πᾶσαν ἀρετὴν δικαιότερος σοῦ εἰμι ἄγων ἀνθρώπους.
« Ἐγὼ Moi δικαιότερος εἰμι je suis plus juste σοῦ que toi ἄγων conduisant (→ il est plus juste que je conduise) ἀνθρώπους les hommes πρὸς πᾶσαν ἀρετὴν vers toute vertu.

8. Justification. Διὰ γὰρ τὸ ἐμπνεῖν τι ἡμᾶς τοὺς καλοὺς τοῖς ἐρωτικοῖς ἐλευθεριωτέρους μὲν αὐτοὺς ποιοῦμεν εἰς χρήματα, φιλοπονωτέρους δὲ καὶ φιλοκαλωτέρους ἐν τοῖς κινδύνοις, καὶ μὴν αἰδημονεστέρους τε καὶ ἐγκρατεστέρους.
« Διὰ γὰρ en effet, grâce τὸ ἡμᾶς τοὺς καλοὺς au fait que nous, les beaux, ἐμπνεῖν τι inspirions quelque chose τοῖς ἐρωτικοῖς à nos amants αὐτοὺς ποιοῦμεν nous les rendons ἐλευθεριωτέρους plus affranchis εἰς χρήματα envers l’argent (→ affranchis de l’amour de l’argent), φιλοπονωτέρους δὲ plus endurants καὶ φιλοκαλωτέρους et plus épris de la beauté ἐν τοῖς κινδύνοις (qui réside) dans les dangers, καὶ μὴν et cependant αἰδημονεστέρους plus pudiques τε καὶ ἐγκρατεστέρους et plus modérés. »
ἐλεύθερος, α, ον : libre ; ἐλευθέριος, α (ou ος), ον : libéral, généreux ; ici, plutôt, libéré. Ἡ ἑλευθερία la liberté.
τὸ χρῆμα (3e déclinaison) la chose, pluriel τὰ χρήματα l’argent.
φιλόπονος, -ος, -ον : aimant la peine, le travail (ὁ πόνος, -ου la peine)
φιλόκαλος, -ος, -ον : aimant le beau (καλός beau), ou aimant la grandeur, la noblesse, la vertu… (traduction à adapter). Le sens de καλός est à la fois physique et moral.
ὁ κίνδυνος, -ου : le danger
αἰδήμων discret, réservé. Les adjectifs en -ων (appartenant à la 2e classe) ont un comparatif en -εσ-τερος, par imitation des adjectifs en –ης (voir mot suivant).
ἐγκρατής puissant, maître de soi, d’où tempérant. Les adjectifs en -ης (appartenant eux aussi à la 2e classe) ont également un comparatif en -εσ-τερος, mais le εσ, cette fois, fait partie du radical.

9. Critobule espère apprendre de Socrate le moyen de séduire les beaux garçons. Τούτων ἐγὼ τῶν μαθημάτων πάλαι ἐπιθυμῶ, ἄλλως τε καὶ εἰ ἐξαρκέσει μοι ἡ αὐτὴ ἐπιστήμη ἐπὶ τοὺς ἀγαθοὺς τὰς ψυχὰς καὶ ἐπὶ τοὺς καλοὺς τὰ σώματα. (Xénophon, Mémorables, II, 6)
τὸ μάθημα la connaissance (acquise par l’instruction : μανθάνω apprendre)
πάλαι adverbe : depuis longtemps
(ἐπιθυμέω) ἐπιθυμῶ « je désire », avec complément au génitif (construction semblable à celle d’ἐράω-ἐρῶ). Verbe composé à partir de θυμός le cœur (dans ses acceptions figurées : désir, colère…).
ἄλλως τε καὶ « en particulier », expression idiomatique.
ἐξαρκέσει « suffira », futur de (ἐξ)αρκέω-ῶ suffire.

10. Pourquoi Socrate est-il, des amants d’Alcibiade, le seul à ne pas le quitter ? Τοῦτο τοίνυν αἴτιον, ὅτι μόνος ἐραστὴς ἦν σός, οἱ δ´ ἄλλοι τῶν σῶν· τὰ δὲ σὰ λήγει ὥρας, σὺ δ´ ἄρχῃ ἀνθεῖν. (Platon, Premier Alcibiade)
τοίνυν « eh bien »
αἴτιος, α, ον responsable, cause
λήγω cesser, mettre fin à, d’où perdre (complément au génitif)
ἡ ὥρα la saison, ici la jeunesse
ἄρχομαι commencer
(ἀνθέω) ἀνθῶ fleurir, voir antho-logie (synonyme de flori-lège).

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