Grec. Point 13 : la 3e déclinaison (1e partie)

La troisième déclinaison (la dernière) présente des points communs et des différences avec les deux autres. Il faut d'abord retenir qu'il n'y a pas de voyelle thématique (ο, ε) : celle-ci est l'apanage de la 2e déclinaison, qu'on appelle "thématique" pour cette raison.

Au thème (qui se réduit au radical) s'ajoutent les désinences.

Désinences de la 3e déclinaison
Masculin et féminin
Neutre

singulier


pluriel


singulier


pluriel

Nominatif
Vocatif
Accusatif
ς
-
ν
ες
ες
ας
-
-
-
α
α
α
Génitif
Datif
ος
ι
ων
σι
ος
ι
ων
σι

Le tiret indique les cas où il n'y a pas de désinence.
À ce tableau très simple s'ajoutent quelques complications :

  • d'abord et surtout, le thème et les désinences interagissent, ce qui explique qu'il y a différents modèles à suivre (voir ci-dessous) : radicaux se terminant par une consonne, par une voyelle, par un sigma...
  • Dans certains modèles, le vocatif se calque sur le nominatif. Cela s’explique par "la tendance [...] à employer le nominatif en fonction de vocatif" (P. Chantraine).
  • Dans certains modèles, quand il est imprononçable, le ν de l'accusatif singulier (masc.-fém.) se vocalise en α.
  • Accusatif en ας : la désinence d’origine était -νς, mais le ν s’est vocalisé en α.
  • Pour le datif pluriel : voir ci-dessus la note sur le datif des deux premières déclinaisons.

1. Noms à radical en occlusive (sauf ν) : masculins et féminins
Voir les lettres et leur classement : les consonnes occlusives sont les labiales, les gutturales et les dentales.
C'est le sigma qu'il faut d'abord observer, au nominatif singulier et au datif pluriel :

  • avec les labiales et les gutturales, il forme une consonne double : ψ pour les premières, ξ pour les secondes. Ainsi, *φλέβς donne φλέψ et *γλαῦκς donne γλαῦξ.
  • Le ς fait disparaître purement et simplement les dentales : *ἔριδς donne ἔρις.

Particularité à noter pour les radicaux en dentale, à l'accusatif singulier :

  • soit la désinence -ν remplace l'occlusive (comme ἔρις, ci-dessous : ἔριν),
  • soit désinence -α s'ajoute à la dentale (par ex. ἀσπίς "le bouclier" : ἀσπίδα).

Le vocatif singulier se calque sur le nominatif (radicaux en labiale ou en gutturale), ou perd la désinence -ς (radicaux en dentale).


radicaux en occlusives sourdes et sonores

labiales (β, π, φ) → -ψ
ex. : ἡ φλέψ « la veine »
gutturales
(γ, κ, χ) → -ξ
ex. : ἡ γλαῦξ « la chouette »
dentales (δ, τ, θ) → radical en -σ
ex. : ἡ ἔρις « la querelle »
singulier ἡ φλέψ
    φλέψ
τὴν φλέβα
τῆς φλεβός
τῇ φλεβί
ἡ γλαῦξ
   γλαῦξ
τὴν γλαῦκα
τῆς γλαυκός
τῇ γλαυκί
ἡ ἔρις
ἔρι
τὴν ἔριν
τῆς ἔριδος
τῇ ἔριδι
pluriel αἱ φλέβες
   φλέβες
τὰς φλέβας
τῶν φλεβῶν
ταῖς φλεψί
αἰ γλαῦκες
    γλαῦκες
τὰς γλαῦκας
τῶν γλαυκῶν
ταῖς γλαυξί
αἱ ἔριδες
     ἔριδες
τὰς ἔριδας
τῶν ἐρίδων
ταῖς ἔρισι

Attention, il existe, dans la 3e déclinaison, d’autres mots en -ις, dont le radical est vocalique : c'est le cas, par exemple, de ἡ πόλις « la cité » (radical πόλι-).

2. Noms neutres à radical en -ατ-

Le -τ apparaît au génitif singulier ; il disparaît aux cas directs du singulier, et au datif pluriel.
Ce tableau met en parallèle deux modèles qui n'ont pas la même origine, mais qui méritent d'être rapprochés du fait de leur ressemblance.

nominatif en -μα-
ex. : τὸ σῶμα le corps
nominatif en -ατ-
ex. : τὸ τέρας le monstre
singulier τὸ σῶμα
    σῶμα
τὸ σῶμα
τοῦ σώματος
τῷ σώματι
τὸ τέρας
     τέρας
τὸ τέρας
τοῦ τέρατος
τῷ τέρατι
pluriel τὰ σώματα
   σώματα
τὰ σώματα
τῶν σωμάτων
τοῖς σώμασι
τὰ τέρατα
     τέρατα
τὰ τέρατα
τῶν τεράτων
τοῖς τέρασι


3. Noms masculins, féminins et neutres à radical en -ντ.

Au nominatif singulier, la désinence ς disparaît, entraînant la disparition du τ et provoquant l'allongement du radical, par analogie avec les mots du type δαίμων (voir ci-dessous, 4.).
Chez certains mots cependant, le ς se maintient (par exemple ὁ γίγας "le géant", génitif τοῦ γίγαντος; τὸ ὀδούς "la dent", génitif ὀδόντος).
Au datif pluriel, le σ se maintient pour tous les mots, ce qui provoque la disparition des consonnes ντ, et l’allongement du ο en ου (non en ω, attention).

Ex. : ὁ ἄρχων
le chef, l’archonte
singulier ὁ ἄρχων
    ἆρχον
τὸν ἄρχοντα
τοῦ ἄρχοντος
τῷ ἄρχοντι
pluriel οἱ ἄρχοντες
     ἄρχοντες
τοὺς ἄρχοντας
τῶν ἄρχόντων
τοῖς ἄρχουσι



4. Nom masculins et féminins à radical en liquide (λ, ρ) ou en ν.

Le ς du nominatif singulier ne se maintient pas, et sa disparition provoque l’allongement du radical. Chez certains mots (comme ἀγών « dispute », ou ῥήτωρ, « orateur »), cet allongement se maintient tout au long de la flexion ; chez d’autres (comme δαίμων), cet allongement ne concerne que le nominatif singulier.

nasales liquides
singulier ὁ δαίμων
   δαῖμον
τὸν δαίμονα
τοῦ δαίμονος
τῷ δαίμονι
ὁ σωτήρ
   σωτέρ
τὸν σωτῆρα
τοῦ σωτῆρος
τῷ σωτῆρι
pluriel οἱ δαίμονες
   δαίμονες
τοὺς δαίμονας
τῶν δαιμόνων
τοῖς δαιμόσι
οἱ σωτῆρες
    σωτῆρες
τοὺς σωτῆρας
τῶν σωτήρων
τοῖς σωτῆρσι

Le mot δαίμων désigne d’abord la "puissance divine", et non un dieu ou une déesse en particulier. "Le δαίμων n’est pas l’objet d’un culte" (P. Chantraine). Avec Hésiode, ce mot s’emploie pour désigner "un demi-dieu, un démon". L’origine de ce mot se trouve dans le verbe δαίομαι "distribuer" : le δαίμων est une "puissance qui attribue" (Chantraine).
Le mot σωτήρ vient du verbe σῴζω sauver. Il peut qualifier plusieurs dieux, en particulier Zeus, mais pas seulement lui. Les chrétiens l’utilisent pour désigner le Christ.

Les mots en -ην comme ὁ φρήν, génitif φρενός (« coeur », « sentiment ») suivent la déclinaison de δαίμων, avec la voyelle η (abrégée le cas échéant en ε) au lieu de ω.

5. Cas particulier : le lexique de la famille.

Certains mots anciens appartenant au thème de la famille présentent des caractéristiques d’une déclinaison archaïque :

  • thème différent entre les cas directs et les cas obliques (à quoi s’ajoutent quelques autres complications, voir tableau ci-dessous),
  • accentuation variable
  • et vocalisation du ρ en ρα au datif pluriel

La voyelle longue du radical -ηρ, au nominatif singulier, résulte de la disparition du ς, comme dans σωτήρ.

ὁ ἀνήρ "l’homme"
→ radicaux -ἀνερ- et -ἀνδρ-
ὁ πατήρ "le père"
→ radicaux -πατερ- et -πατρ-
ἡ μήτηρ "la mère"
→ radicaux -μητερ- et -μητρ-
ἡ θυγάτηρ "la fille"
→ radicaux -θυγατερ et -θυγατρ-
singulier ὁ ἀνήρ
   ἄνερ
τὸν ἄνδρα
τοῦ ἀνδρός
τῷ ἀνδρί
ὁ πατήρ
   πάτερ
τὸν πατέρα
τοῦ πατρός
τῷ πατρί
ἡ μήτηρ
    μῆτερ
τὴν μητέρα
τῆς μητρός
τῇ μητρί
ἡ θυγάτηρ
    θύγατερ
τὴν θυγατέρα
τῆς θυγατρός
τῇ θυγατρί
pluriel οἱ ἄνδρες
   ἄνδρες
τοὺς ἄνδρας
τῶν ἀνδρών
τοῖς ἀνδράσι
οἱ πατέρες
    πατέρες
τοὺς πατέρας
τῶν πατέρων
τοῖς πατράσι
αἱ μητέρες
    μητέρες
τὰς μητέρας
τῶν μητέρων
ταῖς μητράσι
αἱ θυγατέρες
    θυγατέρες
τὰς θυγατέρας
τῶν θυγατέρων
ταῖς θυγατράσι


Noter la déclinaison de ἡ γυνή « la femme » :

singulier ἡ γυνή
   γύναι
τὴν γυναῖκα
τῆς γυναικός
τῇ γυναικί
pluriel αἱ γυναῖκες
     γυναῖκες
τὰς γυναῖκας
τῶν γυναικῶν
ταῖς γυναιξί

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