Grec. Point 22 : les adjectifs (2) - τίς (qui) et τις (quelque)

De nombreux adjectifs suivent la 3e déclinaison, souvent parce qu’ils sont formés à partir d’un nom de cette déclinaison. Par exemple, l’adjectif μυώψ « myope » se décline comme ἡ ὤψ « la vue » (génitif ὦπα), dont il dérive.

Rappel des trois classes d’adjectifs :
1e classe : par exemple καλός, καλή, καλόν, « beau ». 2e déclinaison au masculin et au neutre, 1e déclinaison au féminin (η, ou α long comme dans μακρά, féminin de μακρός « grand »). Ne pas oublier les adjectifs « épicènes » (féminin en ος, identique au masculin).
2e classe : par exemple ἄφρων, ἄφρων, ἄφρον, « insensé », ou ἀληθής, ἀληθής, ἀληθές « vrai ». 3e déclinaison aux trois genres. Le féminin ne se distingue pas du masculin.
• 3e classe : par exemple πᾶς, πᾶσα, πᾶν, « tout », ou τάλας, τάλαινα, τάλαν, « malheureux ». 3e déclinaison au masculin et au neutre, 1e déclinaison au féminin (avec α bref).

Nous avons déjà vu les adjectifs de la 1e classe. Passons à la suite.

Voyage en 2e classe

Radicaux en -ν : exemple ἄφρων, « insensé » (mot issu de la même racine que φρήν, φρενός, le sentiment, déclinaison d’ἀγών).
→ masculin et féminin : ἄφρων, neutre : ἄφρoν. Génitif ἄφρονος.

Le mot se décline comme ἄγων ; le ς du nominatif masculin singulier ne se maintient pas, et la voyelle ο s’allonge (ω). Mais comme ce mot masculin ne fournit pas de modèle au neutre, le neutre s’obtient par abrègement du radical au singulier (-ον) et par le α habituel au pluriel.

masculin et féminin neutre
singulier ἄφρων
ἄφρον
ἄφρονα
ἄφρονος
ἄφρονι
ἄφρον
ἄφρον
ἄφρον
ἄφρονος
ἄφρονι
pluriel ἄφρονες
ἄφρονες
ἄφρονας
ἀφρόνων
ἄφροσι(ν)
ἄφρονα
ἄφρονα
ἄφρονα
ἀφρόνων
ἄφροσι(ν)


Noter que la chute du ν, au datif pluriel, n’entraîne pas l’allongement du ο (voir δαίμων, datif pluriel δαίμοσι).

La déclinaison du comparatif en –(ι)ων (voir 1e page sur les adjectifs, plus haut) présente quelques variantes par rapport à celle d’ἄφρων. Il faut les retenir, car ces variantes sont plus usuelles que les formes en apparence régulières. Elles s’expliquent par une forme ancienne de comparatif en -σ-, dans lesquelles le σ a chuté entre deux voyelles.

• Masculin singulier, accusatif : καλλίονα (plus beau, comparatif de καλός) → καλλίω
• Masculin pluriel, cas directs : καλλίονες et καλλίονας → καλλίους
• Neutre pluriel, cas directs : καλλίονα → καλλίω

■ Ὁ γὰρ χρόνος μάθησιν ἀντὶ τοῦ τάχους
κρείσσω δίδωσι. (Euripide, Les Suppliantes, le héraut, critiquant la démocratie)
« Car le temps, au lieu de la vitesse, offre un savoir meilleur (→ instruit plus fortement). »


Radicaux en -ς : exemple ἀληθής, « vrai » (préfixe privatif ἀ, et racine λαθ, de λανθάνω être caché : la vérité est dévoilement).
→ masculin et féminin : ἀληθής, neutre : ἀληθές. Génitif ἀληθοῦς.
Le tableau d’ἀληθής se trouve déjà sur la page des radicaux en ς de la 3e déclinaison.

masculin et féminin neutre
avant chute du ς après chute du ς avant chute du ς après chute du ς
singulier ἀληθής
ἀληθές
*ἀληθέσα
*ἀληθέσος
*ἀληθέσι
ἀληθής
ἀληθές
ἀληθῆ
ἀληθοῦς
ἀληθεῖ
ἀληθές
ἀληθές
ἀληθές
*ἀληθέσος
*ἀληθέσι
ἀληθές
ἀληθές
ἀληθές
ἀληθοῦς
ἀληθεῖ
pluriel *ἀληθέσες
*ἀληθέσες
*ἀληθέσες (ες et non ας, par analogie avec nom. et voc.)
*ἀληθέσων
*ἀληθέσσι
ἀληθεῖς
ἀληθεῖς
ἀληθεῖς
ἀληθῶν
ἀληθέσι
*ἀληθέσα
*ἀληθέσα
*ἀληθέσα
*ἀληθέσων
*ἀληθέσσι
ἀληθῆ
ἀληθῆ
ἀληθῆ
ἀληθῶν
ἀληθέσι


■ Χρόνια μὲν τὰ τῶν θεῶν πως, ἐς τέλος δ´ οὐκ ἀσθενῆ.
Les adjectifs : χρόνιος, α ον lent à venir, et ἀσθενής, ής, ές faible.
« Les dieux agissent avec lenteur, mais à la fin ils font éclater leur puissance. » (Athéna, dans Ion d’Euripide, v. 1615) Mot-à-mot : « les (actions) des dieux sont lentes à venir, mais à la fin elles ne sont pas faibles. »

Formation du comparatif et du superlatif des adjectifs de la 2e classe : entre le radical et le suffixe τερος (ou τατος), on insère la syllabe -ες.
• ἀληθής → ἀληθέστερος plus vrai, ἀληθέστατος très vrai
• ἄφρων → ἀφρονέστερος plus insensé, ἀφρονέστατος très insensé

Voyage en 3e classe

Premier modèle : radicaux en –ν. Exemple : τάλας, (radical ταλαν-)

Nous retrouvons ici des adjectifs à radical en -ν, comme ἄφρων, mais cette fois le ς du nominatif masculin singulier se maintient : par exemple τάλας, τάλαινα, τάλαν « malheureux », ou μέλας, μέλαινα, μέλαν « noir ».
Remarquons dès maintenant le « ι » ajouté au thème du féminin : il « constitue le procédé ancien de l’indo-européen pour former le féminin » (Pierre Chantraine, Morphologie historique du grec). Ce ι ne se placera cependant au même endroit, d’un modèle à l’autre.
Le neutre se caractérise, au nominatif singulier, par l’absence de désinence.

masculin féminin neutre
singulier τάλας
τάλαν
τάλανα
τάλανος
τάλανι
τάλαινα
τάλαινα
τάλαιναν
ταλαίνης
ταλαίνῃ
τάλαν
τάλαν
τάλαν
τάλανος
τάλανι
pluriel τάλανες
τάλανες
τάλανας
ταλάνων
τάλασι(ν) (de *τάλανσι)
τάλαιναι
τάλαιναι
ταλαίνας
ταλαινῶν
ταλαίναις
τάλανα
τάλανα
τάλανα
ταλάνων
τάλασι(ν)


Deuxième modèle : radicaux en voyelle. Exemple : βραχύς , (radical βραχύ-)

La voyelle dont il s’agit est υ.
Rien n’empêche le ς d’être présent au nominatif masculin singulier.
Nous retrouvons, au féminin, le « ι » signalé ci-dessus.
Le neutre se caractérise de nouveau, au nominatif singulier, par l’absence de désinence.
Exemples : βραχύς « court » (une brachylogie est un raccourci de langage), ταχύς « rapide » (cf. tachycardie, contraire de la bradycardie, dérivé de l’adjectif βραδύς), ἡδύς « doux » (cf. ἡδονή plaisir → hédonisme)…

masculin féminin neutre
singulier βραχύς
βραχύ
βραχύν
βραχέος
βραχεῖ
βραχεῖα
βραχεῖα
βραχεῖαν
βραχείας
βραχείᾳ
βραχύ
βραχύ
βραχύ
βραχέος
βραχεῖ
pluriel βραχεῖς
βραχεῖς
βραχεῖς
βραχέων
βραχέσι
βραχεῖαι
βραχεῖαι
βραχείας
βραχειῶν
βραχείαις
βραχέα
βραχέα
βραχέα
βραχέων
βραχέσι


Radicaux en ντ.

Modèles en αντ : exemple πᾶς « tout »
Le radical est παντ-, mais ce radical s’altère au contact du ς (*παντς → πᾶς), et au neutre singulier (cas directs) où le τ s’efface à cause de l’absence de désinence (*παντ → πᾶν).
Le féminin suit la déclinaison de δόξα (α bref).
Toutes les altérations du suffixe ντ sont en gras dans le tableau ci-dessous.

masculin féminin neutre
singulier πᾶς
πᾶς
πάντα
παντός
παντί
πᾶσα
πᾶσα
πᾶσαν
πάσης
πάσ
πᾶν
πᾶν
πᾶν
παντός
παντί
pluriel πάντες
πάντες
πάντας
πάντων
πᾶσι
πᾶσαι
πᾶσαι
πάσας
πασῶν
πάσαις
πάντα
πάντα
πάντα
πάντων
πᾶσι


■ Ὁ γὰρ θεὸς πάντ´ ἀναστρέφει πάλιν. (Euripide, Les Suppliantes, v. 331, réflexion d’Aethra) « Le dieu en effet bouleverse tout (πάντ’ = πάντα) en sens inverse » → il se plaît à renverser les rôles.
■ Ὑφ' ἡμῶν ὀρθῶς ἐρρήθη τὸ πολεμίους εἶναι πάντας πᾶσιν. (Clinias, dans Platon, Les Lois) « Par nous avec raison il fut dit que tous sont des ennemis pour tous. »
■ Tὸ νικᾶν αὐτὸν αὑτὸν πασῶν νικῶν πρώτη τε καὶ ἀρίστη. (l’étranger d’Athènes, ibid. ). « Le fait de se vaincre soi-même est de toutes les victoires la première et la meilleure. »

Modèles en οντ : exemple ἑκών «volontaire» (ou son contraire : ἄκων, «de mauvais gré»)

Le radical est ἑκοντ-, qui s’altère au contact des désinences en σ :
- au nominatif masculin singulier, le ς s’efface cette fois, ce qui provoque l’allongement du ο en ω (comme pour ἄφρων plus haut)
- au datif pluriel (masculin et neutre), le ς se maintient comme toujours obligatoirement (sinon la désinence n’est plus reconnaissable), ce qui entraîne la disparition des consonnes ντ et l’allongement de la voyelle ο en ου.
- Le féminin s’est formé à partir d’unε terminaison : ἑκοντyα → ἑκοῦσα. Toutes les altérations de la forme -oντ- sont en gras dans le tableau ci-dessous.
- Comme pour πᾶν, le neutre singulier voyant disparaître toute désinence aux cas directs, le τ s’efface également.

masculin féminin neutre
singulier ἑκών
ἑκών
ἑκόντα
ἑκόντος
ἑκόντι
ἑκοῦσα
ἑκοῦσα
ἑκοῦσαν
ἑκούσης
ἑκούσ
ἑκόν
ἑκόν
ἑκόν
ἑκόντος
ἑκόντι
pluriel ἑκόντες
ἑκόντες
ἕκοντας
ἑκόντων
ἑκοῦσι
ἑκοῦσαι
ἑκοῦσαι
ἑκούσας
ἑκούσων
ἑκούσαις
ἑκόντα
ἑκόντα
ἑκόντα
ἑκόντων
ἑκοῦσι


Bien retenir la déclinaison de ces adjectifs : les participes présents, à la voix active, se déclinent comme πᾶς ou ἑκών. Ἑκών est d’ailleurs lui-même un ancien participe.

Modèles en εντ : exemple χαρίεις « charmant »

Le radical est χαρίεντ-, mais il s’altère au contact du ς (*χαρίεντς → χαρίεις).
Le féminin s’est formé, comme dans le modèle précédent, à partir de la terminaison : *χαρίεντyα → χαρίεσσα.
Les altérations du suffixe -ντ- sont de nouveau présentées en gras.

masculin féminin neutre
singulier χαρίεις
χαρίεις
χαρίεντα
χαρίεντος
χαρίεντι
χαρίεσσα
χαρίεσσα
χαρίεσσαν
χαριέσσης
χαριέσσ
χαρίεν
χαρίεν
χαρίεν
χαρίεντος
χαρίεντι
pluriel χαρίεντες
χαρίεντες
χαρίεντας
χαριέντων
χαρίεισι
χαρίεσσαι
χαρίεσσαι
χαριέσσας
χαριεσσῶν
χαριέσσαις
χαρίεντα
χαρίεντα
χαρίεντα
χαριέντων
χαρίεισι


Un cas particulier : l’adjectif μέγας « grand »

Adjectif à radical en μέγα-, avec des intrusions de la 1e classe des adjectifs, avec un radical μεγάλ- (masculin et neutre) ou μεγάλη (féminin).
Les formes empruntées à la 1e classe sont en gras dans ce tableau.

masculin féminin neutre
singulier μέγας
μεγάλε (ou μέγας)
μέγαν
μεγάλου
μεγάλῳ
μεγάλη
μεγάλη
μεγάλην
μεγάλης
μεγάλῃ
μέγα
μέγα
μέγα
μεγάλου
μεγάλῳ
pluriel μεγάλοι
μεγάλοι
μεγάλους
μεγάλων
μεγάλοις
μεγάλαι
μεγάλαι
μεγάλας
μεγάλων
μεγάλαις
μεγάλα
μεγάλα
μεγάλα
μεγάλων
μεγάλοις


Un autre cas particulier : l’adjectif πολύς « nombreux »

Ce mot, particulièrement fréquent, se décline sur deux thèmes : un thème πολυ- et un thème πολλ- (ce dernier en caractères gras).

masculin féminin neutre
singulier πολύς
πολύς (ou μέγας)
πολύν
πολλοῦ
πολλῷ
πολλή
πολλή
πολλήν
πολλῆς
πολλῇ
πολύ
πολύ
πολύ
πολλοῦ
πολλῷ
pluriel πολλοί
πολλοί
πολλούς
πολλῶν
πολλοῖς
πολλαί
πολλαί
πολλάς
πολλῶν
πολλαῖς
πολλά
πολλά
πολλά
πολλῶν
πολλοῖς


Μακρὸς γὰρ αἰὼν συμφορὰς πολλὰς ἔχει. (Ménandre)
Un grand âge s’accompagne de nombreux malheurs.

Les pronoms-déterminants τις et τίς

Τίς (avec accent, toujours placé sur le ι) est un pronom ou un déterminant interrogatif :
- Comme pronom, il peut se traduire par « qui ? », « lequel ? », « quoi ? »…
- Comme déterminant, il peut se traduire par « quel ? »
Ce pronom-déterminant porte un accent, toujours aigu, toujours sur la 1e syllabe. Le féminin suit la déclinaison du masculin, comme les adjectifs de la 2e classe.

Le radical est τιν (ou τίν). Au nominatif singulier (masculin et féminin), le sigma s’est maintenu. Au neutre singulier (cas directs), pas de désinence et pas de ν.
Ce radical est concurrencé par un thème avec voyelle thématique (τε/το). « Au singulier comme au pluriel des cas indirects le thème en *-e/o est plus fréquent chez Homère que le thème en *-i. » (P. Chantraine)

masculin et féminin neutre
singulier τίς
τίς
τίνα
τίνος (ou τοῦ)
τίνι (ou τῷ)
τί
τί
τί
τίνος
τίνι
pluriel τίνες
τίνες
τίνας
τίνων
τίσι
τίνα
τίνα
τίνα
τίνων
τίσι


À l’accusatif neutre, τί signifie très souvent « pourquoi… ? »

• Τις est un pronom ou un déterminant indéfini. Il se décline exactement comme τίς, mais il est enclitique et ne porte donc pas d’accent (sauf accent d’enclise : voir page sur l’accentuation).
- Comme pronom, il peut se traduire par « quelqu’un », « quelque chose »…
- Comme déterminant, il peut se traduire par « quelque », « un »…

■ Une question posée à Socrate. Τρέφεται δέ, ὦ Σώκρατες, ψυχὴ τίνι; — Μαθήμασιν δήπου, ἦν δ´ ἐγώ. (Platon, Protagoras)
« Τρέφεται δέ Mais se nourrit, ὦ Σώκρατες, Socrate, ψυχὴ l’âme τίνι de quoi ?; — Μαθήμασιν De sciences δήπου évidemment, ἦν δ´ ἐγώ dis-je. »

Tινὲς δὲ τῶν Φαρισαίων εἶπον αὐτοῖς, « Τί ποιεῖτε ὃ οὐκ ἔξεστιν ποιεῖν ἐν τοῖς σάββασιν »; (évangile de Luc) « Certains des Pharisiens leur dirent : « Pourquoi faites-vous ce qu’il n’est pas permis de faire aux jours de sabbat ? »

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