Grec, point 24. Le subjonctif

« Les Anciens avaient défini heureusement le subjonctif et l’optatif en les appelant διαθέσεις ψυχῆς, « modalités de l’âme ». En opposition avec l’indicatif, qui constate objectivement, le subjonctif et l’optatif expriment des dispositions subjectives.
En grec, comme déjà en indo-européen, le subjonctif possède deux valeurs distinctes : l’idée de volonté et celle d’éventualité. » (Jean Humbert, Syntaxe grecque)

Les emplois du subjonctif découlent naturellement de ces notions :

En proposition indépendante ou principale

• La délibération. Τί λέγωμεν; « Que devons-nous dire ? » « Que dire ? »
• L’exhortation. Λέγωμεν δή. « Eh bien, parlons ! »

Le subjonctif exhortatif s’emploie notamment à la première personne, qui n’existe pas au mode impératif (voir plus loin).
À la forme négative, on emploie la négation μή, et non la négation οὐ.

En proposition subordonnée

• L’éventualité, avec ἄν.
Ὅταν λέγῃς, πάντες σιγῶσι. « Quand tu parles, tous se taisent. »
Le verbe au subjonctif est dans la proposition subordonnée. Ὅταν est formé de la conjonction de subordination ὅτε « quand » et de la particule ἄν. Dans la proposition principale, le verbe est au présent de l’indicatif. Il s’agit donc d’une éventualité présente, ou bien d’une généralité, ou encore d’un fait récurrent (répété) ; elle se traduit, en français, par un indicatif présent dans les deux propositions.

Ὅταν λέγῃς, πάντες σιγήσουσι. « Quand tu parleras, tous se tairont. »
Dans la proposition principale, le verbe est au futur de l’indicatif. Il s’agit donc d’une éventualité future : elle se traduit, en français, par un indicatif futur dans les deux propositions.

Trois conjonctions de subordination fusionnant avec ἄν :
- εἰ + ἄν → ἐάν si. On trouve aussi souvent la forme ἄν (attention à ne pas la confondre avec la particule ἄν toute seule…), ou sous la forme ἤν.
- ὅτε + ἄν → ὅταν « quand ».
- ἐπειδή + ἄν → ἐπειδάν « quand », « après que »


• Le but (conjonctions ἵνα, ὡς ou ὅπως), avec ou sans ἄν.
Πάντες σιγῶσι ὅπως (ἄν) λέγῃς. Tous se taisent pour que tu parles.

Attention, ces conjonctions (ἵνα, ὡς, et ὅπως) n’ont pas la même signification quand elles sont suivies de l’indicatif :
- ἵνα là où, dans la mesure où
- ὡς en tant que (d’où une multitude d’emplois possibles)
- ὅπως quand


• La crainte (avec la négation μή employée comme conjonction de subordination)
Φοβούμεθα μή λέγῃς. Nous craignons que tu ne parles.
Φοβούμεθα μή οὐ λέγῃς. Nous craignons que tu ne parles pas.

Le verbe de crainte peut être sous-entendu :
Μή λέγῃς. « (Nous craignons) que tu ne parles. » → « Pourvu que tu ne parles pas ! »
Μή οὐ λέγῃς. « (Nous craignons) que tu ne parles pas. » → « Pourvu que tu parles ! »

Remarque importante sur la négation : un verbe au subjonctif est toujours nié par μή, sauf dans l’expression de la crainte.


Morphologie du subjonctif

Caractéristiques générales

• Au subjonctif, on n’utilise que les désinences primaires.
• On utilise toujours la voyelle thématique, systématiquement allongée (→ η et ω) ; en outre, les 2e et 3e pers. du sing. (voix active), et la 2e pers. du sg. (voix moyenne) comportent un iota souscrit.

La morphologie du subjonctif est donc très simple. Elle se réduit aux terminaisons suivantes :
• voix active : ω - ῃς - ῃ - ωμεν - ητε - ωσι
• voix moyenne et voix passive : ωμαι - ῃ - ηται - ώμεθα – ησθε - ωνται
Exceptions apparentes : présent des verbes à radical en voyelle, modèles τιμάω-ῶ, δουλόω-ῶ, et δίδωμι, aux trois voix.

indicatif présent λύω ind. présent δείκνυμι ind. présent εἰμι ind. aoriste ἔλυσα ind. aor. ἔτυχον ind. présent λύομαι ind. aoriste ἐλυσάμην ind. aor. ἐτυχόμην
λύω
λύῃς
λύῃ
λύωμεν
λύητε
λύωσι(ν)
δεικνύω
δεικνύῃς
δεικνύῃ
δεικνύωμεν
δεικνύητε
δεικνύωσι

ᾖς

ὦμεν
ἦτε
ὦσι(ν)
λύσω
λύσῃς
λύσῃ
λύσωμεν
λύσητε
λύσωσι(ν)
τύχω
τύχῃς
τύχῃ
τύχωμεν
τύχητε
τύχωσι(ν)
λύωμαι
λύῃ (de *λύησαι)
λύηται
λυώμεθα
λύησθε
λύωνται
λύσωμαι
λύσῃ (de *λύσησαι)
λύσηται
λυσώμεθα
λύσησθε
λύσωνται
τύχωμαι
τύχῃ (de *τύχησαι)
τύχηται
τυχώμεθα
τύχησθε
τύχωνται



+ verbe εἶμι aller : ἴω, ἴῃς, etc.
+ verbe φημι dire : φῶ, φῇς, etc.

Il est tout à fait possible, dans un premier temps de s’arrêter là, sans entrer dans les problèmes de contractions entre voyelles.

Petits arrangements entre voyelles…

Ces arrangements concernent les verbes à radical vocalique :

• Pour les formes qui sont thématiques à l’indicatif (verbes « contractes ») : il y a contraction entre la voyelle du radical et la voyelle thématique allongée. Ex. : καλέ-ῃς → καλῇς (indicatif καλεῖς) « que tu appelles »
- radical en ε → subjonctif en ω, ῃ, ῃ, ω, η, ω (voix active) / ω, ῃ, ῃ, ω, η, ω (voix moyenne et passive)
- radical en α → subj. en ω, ᾳ, ᾳ, ω, α, ω / ω, ᾳ, α, ω, α, ω
- radical en ο → subj. en ω, οι, οι, ω, ω, ω / ω, οι, ω, ω, ω, ω

• Pour les formes athématiques, il y a contraction également, compliquée cependant par des métathèses de quantité.
- radical en ε → subj. en ω, ῃ, ῃ, ω, η, ω / ω, ῃ, η, ω, η, ω
- radical en α → subj. en ω, ῃ, ῃ, ω, η, ω / ω, ῃ, η, ω, η, ω
- radical en ο → subj. en ω, ῳ, ῳ, ω, ω, ω / ω, ῳ, ω, ω, ω, ω

Particularités :
- verbes à aoriste radical en -α, comme ἀπέδραν aoriste de ἀποδιδράσκω → ω, ᾳ, ᾳ, ω, α, ω
- les verbes du type δύναμαι ou ἐπίσταμαι ne se contractent pas → ω, ῃς, ῃ, ωμεν, ητε, ωσι, sans accent circonflexe
- l’aoriste passif : la voyelle thématique allongée ω/η se substitue au η du suffixe η ou θη. ἐλύθην → λυθῶ, ῇς, ῇ, ῶμεν, ῆτε, ῶσι.

Présent, voix active :

ποιέω-ῶ τιμάω-ῶ δηλόω-ῶ ἵστημι τίθημι ἵημι δίδωμι
ποιῶ
ποιῇς
ποιῇ
ποιῶμεν
ποιῆτε
ποιῶσι
τιμῶ
τιμᾷς
τιμᾷ
τιμῶμεν
τιμᾶτε
τιμῶσι(ν)
(aucune différence par rapport à l’indicatif)
δηλῶ
δηλοῖς
δηλοῖ
δηλῶμεν
δηλῶτε
δηλῶσι(ν)
ἱστῶ
ἱστῇς
ἱστῇ
ἱστῶμεν
ἱστῆτε
ἱστῶσι(ν)
τιθῶ
τιθῇς
τιθῇ
τιθῶμεν
τιθῆτε
τιθῶσι(ν)
ἱῶ
ἱῇς
ἱῇ
ἱῶμεν
ἱῆτε
ἱῶσι(ν)
διδῶ
διδῷς
διδῷ
διδῶμεν
διδῶτε
διδῶσι(ν)


Présent, voix moyenne ou passive :

ποιέομαι-οῦμαι τιμάομαι-ῶμαι δηλόομαι-οῦμαι ἵσταμαι τίθεμαι ἵεμαι δίδομαι δύναμαι
ποιῶμαι
ποιῇ (de *ποιῆσαι)
ποίηται
ποίώμεθα
ποιήσθε
ποιῶνται
τιμῶμαι
τιμᾷ (de *τιμᾶσαι)
τιμᾶται
τιμώμεθα
τιμᾶσθε
τιμᾶ
τιμῶνται
(aucune différence par rapport à l’indicatif)
δηλῶμαι
δηλοῖ (de *δηλῶσαι)
δηλῶται
δηλώμεθα
δηλῶσθε
δηλῶνται
ἱστῶμαι
ἱστῇ (de *ἱστῆσαι)
ἱστῆται
ἱστώμεθα
ἱστῆσθε
ἱστῶνται
τιθῶμαι
τιθῇ (de *τιθῆσαι)
τιθῆται
τιθώμεθα
τιθῆσθε
τιθῶνται
ἱῶμαι
ἱῇ (de *ἱῆσαι)
ἱῆται
ἱώμεθα
ἱῆσθε
ἱῶνται
διδῶμαι
διδῷ (de *διδῶσαι)
διδῶται
διδώμεθα
διδῶσθε
διδῶνται
δύνωμαι
δύνῃ (de *δύνησαι)
δύνηται
δυνώμεθα
δύνησθε
δύνωνται


Aoriste, voix active :

ἔβην ἔγνων ἐχάρην ἕστην ἔθηκα ἧκα ἔδωκα
βῶ
βῇς
βῇ
βῶμεν
βῆτε
βῶσι(ν)
γνῶ
γνῷς
γνῷ
γνῶμεν
γνῶτε
γνῶσι(ν)
χαρῶ
χαρῇς
χαρῇ
χαρῶμεν
χαρῆτε
χαρῶσι(ν)
στῶ
στῇς
στῇ
στῶμεν
στῆτε
στῶσι(ν)
θῶ
θῇς
θῇ
θῶμεν
θῆτε
θῶσι(ν)

ᾗς

ὧμεν
ἧτε
ὧσι(ν)
δῶ
δῷς
δῷ
δῶμεν
δῶτε
δῶσι


Les temps du subjonctif

Le subjonctif existe au présent, à l’aoriste et au parfait.
• Il faut se rappeler que l’augment ne s’emploie en grec qu’à l’indicatif.
• Pour les verbes à redoublement en ἱ (en particulier ἵστημι, τίθημι, δίδωμι et ἵημι), ne pas oublier que ce redoublement n’existe qu’au présent et à l’imparfait : ce qui était vrai à l’indicatif le reste au subjonctif.
• À l’aoriste, le subjonctif possède soit une valeur d’aspect, soit une valeur temporelle exprimant l’antériorité.

Καὶ μήν, ὦ Μενέξενε, πολλαχῇ κινδυνεύει καλὸν εἶναι τὸ ἐν πολέμῳ ἀποθνῄσκειν. Καὶ γὰρ ταφῆς καλῆς τε καὶ μεγαλοπρεποῦς τυγχάνει, καὶ ἐὰν πένης τις ὢν τελευτήσῃ. (Platon, Ménexène) « Vraiment, Ménexène, cela risque d’être une bien belle chose, et à bien des égards, de mourir à la guerre ! Car enfin, on obtient une belle sépulture, que dis-je ? magnifique, même si l’on est mort pauvre… » (trad. Daniel Loayza) → τελευτάω-ῶ mourir, indicatif aoriste ἐτελεύτησα, τελευτήσῃ subjonctif aoriste correspondant à une antériorité.

Un soupçon d’accentuation…

Au subjonctif, comme aux autres modes, l’accent remonte au maximum, a priori. On excepte les formes suivantes, qui conservent l’accent sur la voyelle thématique :
• Le subjonctif présent des verbes contractes (par ex. τιμᾷς, ποιῆτε, δουλῶσι…) ;
• le subjonctif présent des verbes en μι suivants : εἰμι (être) et ses composés, φημι, ἵστημι, τίθημι, ἵημι, δίδωμι ;
• le subjonctif présent de οἶδα « je sais » (qui ne s’emploie qu’au parfait) : εἰδῶς, εἰδῇς, εἰδῇ, εἰδῶμεν, εἰδῆτε, εἰδῶσι(ν) ;
• le subjonctif aoriste des verbes en μι à redoublement : τίθημι, ἵημι, δίδωμι, et l’aoriste athématique (intransitif : ind. ἔστην, subj. στῶ) d’ἵστημι (rappel : l’autre aoriste est en -σα : ind. ἔστησα, subj. στήσω) ;
• le subjonctif des aoristes radicaux ;
• le subjonctif des aoristes passifs.

Μὴ πρὸς λέοντα δορκὰς ἅψωμαι μάχης. (Tosi, p. 631)
Εἷς ἄνθρωπος ἀποθάνῃ ὑπὲρ τοῦ λαοῦ. (Tosi, p. 642)
Ἡμεῖς δὲ τῆς ἡμετέρας ἀρχῆς, ἢν καὶ παυθῇ, οὐκ ἀθυμοῦμεν τὴν τελευτήν. (les Athéniens, dans le « dialogue mélien ». Thcd V, 91)

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