Trousse de secours : cinéma, chefs-d'œuvre pour commencer

Une sélection de chefs-d’œuvre à voir en priorité


Tableaux de la société

Jean Renoir, La Règle du jeu (1939) : comédie sociale, tableau de la société française et des forces délétères qui la minent. C’est le tableau théâtral d’une société cruelle qui fonctionne comme un jeu. Le réalisme poétique de Renoir se trouve déjà dans La Grande illusion (1937), film de guerre où se confrontent et se conjuguent les divisions et la fraternité.

Orson Welles, Citizen Kane (1941) : une critique du rêve américain, avec les techniques novatrices du réalisateur (profondeur de champ, jump-cuts, dialogues superposés…). Le cinéma entre dans la modernité.

Le néo-réalisme italien :
Luchino Visconti, Les Amants diaboliques (Ossessione, 1943), film-manifeste du néo-réalisme italien.
Luchino Visconti, Le Guépard (1963) : sur la crise de conscience de l’Italie à l’heure du Risorgimento.
Roberto Rosselini, Rome, ville ouverte (1945)
Vittorio de Sica, Le Voleur de bicyclette (1948)

Yasujiro Ozu, Voyage à Tokyo (1953) : tableau tout en finesse de la société japonaise.

Samuel Fuller, Le Port de la drogue (1953) : tableau très sombre de la faillite morale et de la violence de la société américaine.

Bernardo Bertolucci, Le Conformiste (1970) : observation de l’Italie fasciste dans toute sa complexité, à l’aide d’une forme complexe (voir nouvelle vague).

Federico Fellini, La Dolce vita (1960). Amarcord (1973) (observation tendre et acide de la société italienne à l’époque du fascisme. Un réalisme poétique, ici aussi).

Mohammed Lakhdar-Hamina, Chronique des années de braise (1975), sur l'Algérie de 1939 à 1954 (début de la révolution algérienne)

Ettore Scola, Une journée particulière (1977)

Istvan Szabo, Mephisto (1981) : sur la confusion entre le théâtre et la réalité chez un acteur talentueux séduit par le nazisme.

Joel et Ethan Coen, Fargo (1996) : thriller empreint d’ironie macabre, tableau de l’Amérique profonde.

Voir aussi les films de Rainer Werner Fassbinder, de Michael Haneke, de Ken Loach, de Chris Marker, de Costa-Gavras
Les films de Pedro Almodóvar sont aussi des fresques sociales, privilégiant l’angle du décalage et de la transgression.


Le cinéma romantique : déréliction et vague des passions

Jean Vigo, L’Atalante (1934) : à travers le lyrisme des images, le cinéaste suit l’aventure de deux jeunes mariés qui apprennent à se connaître.

Marcel Carné, Le Quai des brumes (1938), mais aussi Hôtel du nord (même année), Le Jour se lève (1939)…

Avec ironie :
Arthur Penn, Bonnie and Clyde (1967)
David Lynch, Sailor et Lula (1990)


Les grandes comédies

Charlie Chaplin, Les Temps modernes (1936).

Buster Keaton, nombreux courts et longs métrages, chefs d’œuvre du cinéma muet.
Le Mécano de la « Général » (1926)
■ Un rôle étonnant est donné à cet acteur dans Boulevard du crépuscule de Billy Wilder (1950), ainsi que dans Film de Samuel Beckett (1965).

Les Marx Brothers : comique satirique et farcesque, excellent pour observer les procédés propres à produire le rire (bons mots, mauvais tours, comique clownesque, fonction bienfaisante de la musique…).
La Soupe au canard (1933)
Une nuit à l’opéra (1935)…

La comédie loufoque américaine :
■ Frank Capra, New York-Miami (1934)
■ Howard Hawks, L’Impossible Monsieur Bébé (1938)
■ Billy Wilder, Certains l’aiment chaud (1959)…

Woody Allen, Manhattan (1979)

En France :
Le Trou normand (Jean Boyer, 1959)
La Cuisine au beurre (Gilles Grangier, 1963), seule collaboration des deux « types » comiques que sont Bourvil et Fernandel.


Les grands films épiques

Serguei Eisenstein, Alexander Nevsky (1938) : tableau historique d’une victoire russe (XIIIe siècle, contre les forces teutoniques). Dans le contexte de sa sortie, ce film s’inscrit dans le cadre des relations entre l’Allemagne et l’URSS. Les images et la musique dialoguent superbement (musique de Prokofiev).

John Ford, La Chevauchée fantastique (1939) sur la conquête de l’ouest.

Wolfgang Petersen, Le Bateau (1981)

Steven Spielberg, Il faut sauver le soldat Ryan (1998) sur le débarquement en Normandie (juin 1944).


Le film noir (suspense, étrangeté et cynisme)

Fritz Lang, M le maudit (1931) : c’est le début du parlant. Le premier grand film à suspense, et une riche déclinaison des moyens cinématographiques de la focalisation subjective.

John Huston, Le Faucon maltais (1941) : le primat de l’ombre et du mystère, dans une quête impossible de vérité.
Carol Reed, Le Troisième homme (1949), d’après une nouvelle de Graham Greene : dans les rues et les égouts de Vienne (en ruines, en 1944), la recherche du mystérieux « troisième homme ». Beaux jeux d’ombre et de lumière dans une ville-labyrinthe où les protagonistes se perdent, hésitant entre les devoirs de la justice et ceux de l’amitié.
http://www.institut-lumiere.org/manifestations/le-troisieme-homme.html
Charles Laughton, La Nuit du chasseur (1955), proche du fantastique

Tension nerveuse et menace permanente :
Henri-Georges Clouzot, Le Salaire de la peur (1953), Les Diaboliques (1955)
Alfred Hitchcock, Le Rideau déchiré (1966)

Claude Chabrol, La Cérémonie (1995)


Face à l’abîme : le cinéma et la peur

L’expressionnisme est un mouvement artistique de l’entre-deux-guerres, qui concerne surtout la peinture et le cinéma allemands.
Robert Wiene, Le Cabinet du docteur Caligari (1920)
https://www.youtube.com/watch?v=Gipx80OsTbc
Friedrich Wilhelm Murnau, Nosferatu (1922)
Fritz Lang, Metropolis (1927), Le Testament du docteur Mabuse (1933)

Autres références :

Alfred Hitchcock, Les 39 marches (1935)
■ Du même, Sueurs froides (1958), Psychose (1960)
: observer la proximité avec l’esthétique surréaliste (peinture de Dali, de Magritte ou de Chirico).

Roman Polanski, Rosemary’s baby (1968)
■ Du même : Le Locataire (1976)

Bigas Luna, Angoisse (1987) : impressionnante mise en abyme.


Cinéma et métaphysique

Ingmar Bergman, Le Septième Sceau (1957) : un chevalier rentré de croisade rencontre la Mort.

Pier Paolo Pasolini, L’Évangile selon saint Matthieu (1964)
■ Du même : Œdipe roi (1967)
■ Du même : Théorème (1968)
■ Du même : Médée (1969).

Michelangelo Antonioni, L’Avventura (1960) : errance à la recherche d'un personnage disparu et introuvable ; une histoire d'amour se noue sur la toile de fond de cette absence. Analyse intéressante sur cette page, qui montre bien l’importance des lieux et le lien avec la peinture « métaphysique » de Giorgio de Chirico, peintre surréaliste) : http://www.cineclubdecaen.com/realisat/antonioni/avventura.htm
■ D'Antonioni également, Blow-up (1966) : images d’une grande originalité, l’œil de la caméra suivant le protagoniste, Thomas, photographe de mode, avec la même curiosité que lui et le même désir de transgression. Vision systématiquement partielle, en focalisation externe, dans un film qui mêle transparence et obstacles. Musique de Herbie Hancock (jazz).

Andreï Tarkovsky, Andreï Roublev (1966) : voyage symboliste dans la Russie du XVe siècle.

Stanley Kubrick, 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968)

Souleymane Cissé, Yeelen (Mali, 1987)

Francis Ford Coppola, Apocalypse now (1979) : film sur la guerre, mais aussi et surtout sur la folie.

Lars von Trier, Dogville (2003)


Cinéma et complexité psychologique

La complexité de la vie appelle un regard complexe : c’est ce qu’ont compris les cinéastes de la nouvelle vague.

François Truffaut, Les Quatre Cents Coups (1959)
Jean-Luc Godard, À bout de souffle (1960), Le Mépris (1963)
Peter Brook, Moderato cantabile (1960), adaptation du roman de Marguerite Duras.
Robert Bresson, Au hasard Balthazar (1966)
Éric Rohmer, Le Genou de Claire (1970)

Cinéma d’auteur contemporain en France :
André Téchiné, Les Roseaux sauvages (1984)
Arnaud Desplechin, Rois et Reine (2004)
■ Du même : Un conte de Noël (2008)
Olivier Assayas, Sils Maria (2014)
Xavier Beauvois, N’oublie pas que tu vas mourir (1995)
Claude Sautet, Les Choses de la vie (1970)

Chefs-d’œuvre du cinéma expérimental :
Luis Buñuel, Un chien andalou (1929)
■ Du même : L’Âge d’or (1930), films surréalistes
Akira Kurosawa, Rashōmon (1950)
Alain Resnais, L’Année dernière à Marienbad (1961)
Ingmar Bergman, Cris et chuchotements (1972)


Une autre liste, pour aller plus loin…

Les 100 meilleurs films de l’histoire selon Télérama.
http://www.telerama.fr/cinema/les-100-meilleurs-films-de-l-histoire-selo...

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